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12.4.14

Zaïna Meresse

J'en parlais dans Zakia Madi la chatouilleuse
Elle était une des figures mahoraises, une non-violente, qui a choisi comme d'autres la chatouille comme arme, une référence, une de celle qui fonde un peuple, qui restera dans les livres d'histoire pour avoir contribué à la naissance de Mayotte française, telle qu'elle est aujourd'hui. Et comme l'histoire de Mayotte est jeune, elle a des personnages historiques encore vivants.
C'était le cas de Zaïna Meresse Boinali, elle s'est éteinte aujourd'hui.
La culture musulmane veut que les morts soient vite mis en terre, ce qui a été le cas quelques heures après son décès.
Bien sûr, il y a eu beaucoup de monde, d'improvisation aussi, mais outre l'importance du personnage, c'est plus la cérémonie que je veux mettre en avant ici, grâce au travail de la meilleure journaliste de Mayotte (d'après moi).
Elle se nomme Anne Perzo-Lafond et voici ce qu'elle écrit dans Le Journal de Mayotte d'aujourd'hui:

«C’est une personnalité que peut s’approprier toute la population mahoraise qui est enterrée aujourd’hui», indiquait un homme qui sortait de la mosquée de Pamandzi.
C’est ce qui explique la présence de tous, ancien « serrez- la-main » ou « sorodas », ils étaient venus nombreux accompagner une des leaders « chatouilleuses » Zaïna Meresse à sa dernière demeure. «Elle aurait mérité plus encore», commente un religieux, mais l’enterrement décidé le jour même du décès à précipité les choses, et certains découvraient encore ce soir l’annonce de sa disparition.
Après les préparatifs du corps, les ablutions et le placement dans un linceul, l’assemblée se retrouvaient à la mosquée pour la prière des morts, puis au cimetière de Pamandzi. Les religieux rappellent au mort ce qui l’attend, « c’est surtout à notre intention » glisse un homme. Dans le cimetière, les femmes ne sont habituellement pas présentes, « on craint que leurs pleurs et leurs cris ne perturbent le recueillement », mais elles sont parfois tolérées.
Une fois le corps enterré, de l’eau est versée sur la terre, « pour réveiller le mort car un ange gardien va lui demander des comptes sur sa vie passée. On lui demande ‘qu’as-tu fait de ton intelligence ?’ »… qui rappelle la parabole des Talents du Nouveau Testament. « On se rend compte tous les jours que les religions monothéistes ont beaucoup de choses en commun » glisse notre voisin. L’échange s’arrêtera là, l’heure est à la prière.
Avant de partir, chacun dépose un  peu de terre et recouvre la tombe de feuillage, « pour garder sa fraîcheur à la terre ».
De nouvelles prières seront célébrées les 3ème et 9ème jour, avant la levée du deuil le 40ème jour.
A.P-L.


Cette semaine a aussi été celle de la disparition de Dominique Baudis qui est venu à Mayotte en novembre 2012 et les médias locaux n'ont pas manqué de lui rendre hommage cette semaine car il a préconisé des mesures d'aide aux mineurs étrangers de Mayotte en soulignant la situation alarmante des jeunes mahorais. Un "avocat, un fervent défenseur des droits", qui prédisait le pire pour Mayotte si les jeunes d'aujourd'hui ne sont pas pris en charge. Ce qui paraît évident pour ceux qui vivent ici, mais à Paris...

15.1.14

Mawlid sombre et pluvieux

Hier, c'était jour férié en raison de la fête de la naissance du prophète Mahomet ou Muhammad selon les sources, bref le Maoulida ou Mawlid. En quelque sorte le Noël des musulmans.
Mais cette année, la soirée s'est déroulée dans le noir pour toute la population. Comme le 30 octobre dernier, les installations électriques mahoraises ont montré leurs limites, à moins que ce ne soit la maintenance de ces installations. Un disjoncteur a "explosé" et les 2 centrales étant inter-connectées, toute l'île a encore une fois connu le blackout!
Et pas question de réjouissances dehors car la saison humide est bien installée avec une importante perturbation tropicale, donc imprévisible est en train d'envahir le canal du Mozambique. Des vents soutenus et des pluies fréquentes qui finissent de creuser des cratères dans les routes, et une prochaine masse nuageuse promise pour la fin de la semaine plombent un peu le moral de cette rentrée.
Si on y ajoute l'affaire de la tête de cochon et les impôts divers qui commencent avec 2014, l'ambiance est un peu morose.
Et ce n'est pas le cinéma qui vient enfin d'ouvrir ses portes, mais pour deux mois garantis seulement, qui va réjouir l'ensemble des Mahorais.
On annonce la visite de Valls pour bientôt, qui sera sans doute bien accueilli car il a poursuivi la politique des reconduites à la frontière des clandestins en 2013, encore près de 16000!
Des sourires quand même, avec des étudiants allemands qui viennent développer le tourisme à Mayotte.
Ce sera une vaste tâche car le dernier touriste allemand qui a fait parler de lui ici est reparti avec une fracture du bassin et dépouillé dans les rues de Mamoudzou.

10.1.14

Bêtise pur porc

Attention DANGER!
Dans la nuit du réveillon, vers 4 h 30, une voiture, avec à son bord un couple, sans doute alcoolisé, qui jette une tête de porcelet devant la mosquée de Labattoir, en Petite-Terre. Défi, pari stupide... c'est apparemment ce qu'ont avoué ces deux sinistres personnages. Car ils ont été retrouvés et arrêtés, ainsi que deux autres personnes ayant participé à la soirée et considérés comme éventuels complices.
Cette affaire a causé l'émoi que l'on peut supposer chez tous les Mahorais, musulmans à 95 %, les autres étant les wasungu, nous les blancs.
On ne peut s'empêcher de penser que ce ne sont pas les fidèles d'Allah qui ont commis ce qui est considéré ici comme un crime.
"Les prévenus sont un militaire français métropolitain en mutation à Mayotte et son épouse française métropolitaine également. C’est ce couple qui a déposé une tête de porc devant la mosquée. La troisième prévenue est une femme française métropolitaine, épouse d’un autre militaire métropolitain qui leur avait fourni la tête de porc", a détaillé le procureur de la République de Mamoudzou, Joël Garrigue, à l’AFP.
Ils ont été fermement priés de quitter l'île pour leur sécurité, c'est ce qu'ils ont fait dès vendredi.
Même s'il existe des militaires Mahorais ou d'une autre origine ultramarine, les regards hostiles qui commencent à être ressentis se tournent vers nous, les wasungu.
Les profanateurs seront jugés pour délits de provocation à la haine, à la violence ou à la discrimination en raison de l’appartenance à une religion le 26 février.
Tout ce que Mayotte compte comme autorités a bien sûr condamné "cet acte répugnant", et une marche impressionnante s'est déroulée dimanche dernier, rassemblant plus de 3000 personnes, ce qui est énorme ici, pour protester contre l'islamophobie et la profanation.
Mais le mal est fait et la tension est perceptible entre les deux communautés: il n'y avait vraiment pas besoin de ça!
Les profanations existent aussi en métropole mais dans un département où presque toute la population est de confession musulmane, cet acte prend des proportions inimaginables dans les esprits, même chez ceux qui ne le montrent pas.
D'ailleurs, une autre marche est prévue dimanche, comme si la première n'avait pas atteint son objectif de monter à la France entière que Mayotte est musulmane et entend bien vivre son islam, qui plus est modéré, comme elle l'entend. Jusqu'ici, il ne porte pas atteinte aux lois de la République et très rares sont les niqabs ou les burkas, et si les femmes portent un voile, c'est le kishali, tenue traditionnelle mahoraise plus destinée à se protéger du soleil qu'élément religieux, comme les kofias des hommes. Et les tenues s'occidentalisent de plus en plus.
Il faut espérer que l'acte de ces deux inconscients intolérants n'allumera pas de guerre religieuse ou communautaire, qu'il n'y aura pas de vengeance comme s'y sont engagés les imams dès le 1er janvier après la macabre découverte. Mais qu'en pense la base?
Avec l'affaire Dieudonné, la France a décidément mal à sa diversité en ce moment!

5.12.13

Les djinns attaquent!

Piqué dans "Le Journal De Mayotte" de ce matin:
Au même moment, dans le collège de Passamaïnty, deux élèves ont été envoyées d'urgence à l'infirmerie pendant une séance de sport. Elles auraient été gazées au gaz lacrymogène mais aucune autre de leurs camarades près d'elles n'a été incommodée! On a évoqué une crise d'hystérie, on a dû changer leurs vêtements et elles se sont rétablies. Les djinns?
Ils s'appellent Patrosi, Tromba, Shenge, Mugala, Rahuani, Wanaisa, Shetwani, Masera ou Wafu. Certains sont bénéfiques, d'autres maléfiques mais tous les Mahorais les connaissent et/ou les redoutent. Ils sont les esprits d'anciens rois ou sultans, des morts, vivent dans un monde en négatif du monde actuel, peuvent habiter les arbres ou la mangrove, quand ils ne sont pas dans les corps, aiment l'eau de Cologne ou de rose, ou l'alcool et les cigarettes!
Un monde complexe et riche qui fait partie de l'histoire de la société mahoraise et quand on en parle aux enfants, on se rend compte que ce n'est pas près de se terminer!

1.2.13

Sihame ne veut pas rentrer aux Comores

Une nageuse de l'équipe olympique des Comores n'est pas revenue dans son pays depuis les JO de Londres l'an dernier.

Rapidement éliminée lors des séries de qualification, elle s'est enfuie du village olympique.
Elle s'appelle Sihame Ali Ayouba, 18 ans, et elle est aujourd'hui incarcérée en Angleterre pour une peine de 8 mois de prison.
Elle a été condamnée après avoir été arrêtée à Douvres avec un faux passeport français en voulant rejoindre des membres de sa famille à Paris.
C'est un fait divers courant mais ce qui est intéressant, c'est la raison qui l'a poussée à fuir pour ne pas retourner dans son pays.
Elle a expliqué qu'à son retour, elle serait mariée de force à un homme de 60 ans qui a déjà 2 épouses, et qui aurait versé, en cas d'union, aux parents très pauvres de Sihame une dot très importante pour épouser une telle célébrité. Elle a ajouté qu'elle risquait maintenant des sévices (battue) et même la mort si elle y retournait. La justice anglaise a cru à son histoire, y a été sensible mais la détention de faux-papiers a été sanctionnée. On lui a expliqué qu'elle aurait dû demander l'asile politique.
Il lui reste 4 mois à effectuer mais pourrait être libérée prochainement et une procédure d'expulsion vers les Comores va être initiée dans les prochains jours.
Dans la religion musulmane, la polygamie est courante dans l'archipel, et à Mayotte où elle est officiellement interdite depuis 10 ans, on sait que les mariages arrangés se font encore, officieusement. Comme il est question d'argent, mariage arrangé signifie aussi forcé. Et là, le malaise grandit.
Les Mahorais, en voulant rester Français, ont certainement aussi voulu, en tous cas pour certaines, ne plus vouloir subir cette contrainte de leur religion.
Mais pour Sihame, la situation va rapidement devenir angoissante...
Source: www.kentonline.co.uk

28.6.12

Plage interdite aux femmes

Non, rassurez-vous, ce n'est pas à Mayotte mais pas loin, dans la république islamique des Comores, dont Mayotte a été séparée mais qui est encore et toujours revendiquée comorienne par ses voisins.
Un article du Point d'après des infos de l'AFP, donc une source sûre.

Les dignitaires musulmans essaient d'interdire la mixité sur une plage


L'intervention des gendarmes pour chasser les femmes d'une plage publique proche de Moroni dimanche, à l'instigation des dignitaires musulmans, provoque la colère des jeunes Comoriens qui en appellent au gouvernement pour protéger leur liberté.
Dimanche, les forces de l'ordre ont pris position autour de la place d'Itsandra-Mdjini pour en interdire l'accès aux femmes, a constaté un journaliste de l'AFP. Un semblable incident s'était déjà produit le 27 mai.


Sept associations de la ville ont envoyé une lettre aux ministres de l'Education, de l'Intérieur, et au chef de l'Etat Ikililou Dhoinine, exigeant "une réaction rapide".
"L'affaire est très sérieuse et mérite une très grande attention. On se demande si nous ne sommes pas en passe de glisser dans une dictature des notables (...) avec la complicité active ou passive de ceux à qui nous avons confié notre destinée collective", écrivent les auteurs de cette lettre, dont l'AFP s'est procuré une copie.
N'hésitant pas à comparer ces dignitaires aux talibans afghans ou aux shebab somaliens, les signataires dénoncent "la sournoise instrumentalisation de la religion" et demandent à l'Etat de ne "pas laisser gérer sa responsabilité par une notabilité et des activistes religieux (...) contre les femmes et la jeunesse".

La plage d'Itsandra-Mdjini, rappelle cette lettre, "a toujours été publique, laïque, et ouverte à tous, sans discrimination d'âge ou de sexe".
Déjà en 2011, les dignitaires religieux musulmans avaient tenté de faire interdire la mixité sur la plage. Un groupe de jeunes avait alors fait irruption dans la principale mosquée de la ville, menaçant de révéler "les frasques" des chefs musulmans concernés.
Joint au téléphone par l'AFP, le Dr Mouthar Rachid, ancien ministre et grand notable de la ville refuse de parler de crise. "Nous sommes seulement contre la pagaille engendrée par la mixité de la plage l'après-midi, c'est tout", dit-il.

Le maire de la ville Raouf Mohamed s'est quant à lui refusé à tout commentaire.
Riche d'un passé spirituel et religieux, Itsandra est située à un kilomètre au nord de la capitale Moroni. Durant la période coloniale, sa plage et sa mythique guinguette était un lieu de détente prisé.
Source :  lepoint.fr

Sans commentaire.



18.6.12

Législatives, résultat: POTRONI!

Potroni = à gauche
Mayotte vire à gauche elle aussi.
Boinali Saïd Toumbou, en bas: cet ex-leader syndical leader de la contestation contre la vie chère en octobre dernier a réussi son coup, passer de la CFDT à l'Assemblée Nationale. Il a battu Saïd Omar Oili, ex-président du Conseil Général de 2004 à 2008.
Ibrahim Aboubacar, vice-président du Conseil Général, a battu un poids lourd de l'UMP, Mansour Kamardine. Les Mahorais ont donc voulu le changement de têtes pour soutenir la départementalisation.
Si je voulais faire un mauvais jeu de mots, je dirais que pour Kamardine, qui croyait pourtant retrouver son siège occupé de 2002 à 2007, il n'y a pas eu de Mirhadj hier puisque c'est aujourd'hui pour les musulmans, l'équivalent de l'Ascension pour les chrétiens (mirhadj signifie à peu près échelle). 
Cela nous vaut un jour férié de plus, sauf pour les terminales à qui le cadi a reconnu le droit de commencer les épreuves du bac comme tous les autres Français sans s'attirer les foudres d'Allah. 

17.6.12

Un mariage mahorais

...ou plutôt comorien, d'où sont issus presque tous les invités, de NGazidja (Grande-Comore) précisément.

Un mariage aux coutumes comoriennes est, pour nous occidentaux, complètement différent. L'impression que j'en retiens est de la joie, de la dignité, du respect (moi seul mzungu invité et donc différent par essence, j'ai pu le mesurer) et de la fierté.
J'avais rendez-vous "chez" le marié, bien qu'il n'habite pas exactement dans cette maison. Mais elle n'est pas trop éloignée de celle de sa promise donc pour y aller à pied en cortège, c'était mieux.
La maison était déjà pleine d'effervescence et les cadeaux (côté marié) s'étalaient sur le sol.

Des produits de beauté, des paires de chaussures, du parfum,
des salouvas, des savons et bien sûr des bijoux en or, massif ou non.
En vert, la tenue du marié.
Les femmes ont continué de se préparer au milieu des chants (déjà!) dans les pièces d'à côté pendant que les autres se restauraient un peu (sucré, salé).
Le marié se préparait également et après une heure de retard, il est sorti.
Accompagné d'un ami, la canne du marié à la main.

Le cortège s'est formé et a rejoint la maison du père de la mariée au milieu des youyous.
Là, celui-ci nous a accueillis dans un discours aux intonations religieuses.
Illustration du célèbre portage sur la tête et arrivée chez la mariée.
Les hommes sont entrés, et moi avec, pendant que le père de la mariée a compté devant tous les invités la dot apportée par le prétendant. Ici, c'était un oncle car les parents de la mariée sont à Anjouan.
Les hommes en premier, accueil chez la mariée.

Décompte proclamé en public
Moja, mbili, traru, nne, tsano, sita, saɓa, nane, shendra, kumi, kumi na moja, kumi na mbili! (douze fois 100 €), le compte y est, re-discours, prières et chants de joie. Ça y est, vous savez compter en shiMaore.
L'union pourra être célébrée (les mariés le sont déjà car ils sont passés devant le cadi qui a légitimé selon le coran le mariage).
La personne qui m'a fait entrer dans le mariage m'avait dit qu'elle me mettait avec les hommes mais je n'avais pas saisi sur le moment l'importance du propos.

Dans les assiettes, sambos (samoussas en langue locale), beignets de viande épicée.

Au menu: riz, zébu (un a été abattu pour l'occasion) en ragoût, mataba,
putu (piment) et lait caillé en boisson, avec aussi eau et l'inévitable cola.
Dans une assiette, chacun a mis un billet de 10 €.
Dans la première pièce était dressée une table avec 8 couverts, c'est tout. C'était la table d'honneur, celle du marié, et on m'y a installé à sa gauche, avec 6 autres hommes. J'étais plutôt intimidé et honoré! Les autres ont mangé je ne sais pas où, dehors en tous cas, et les femmes dans une autre maison proche.
Durant notre repas, des femmes ont chanté avec une joie et un enthousiasme non feints, d'autres nous ont servis, nous ont rafraîchis, épongés et même fait boire le lait caillé, le marié et moi. Très impressionnant, agréablement s'entend.
Pendant notre repas, les cadeaux pour la mariée lui ont été transmis sans que l'on puisse l'apercevoir.
À la fin de notre repas, le marié m'a dit en comorien que l'on allait voir la mariée.
Elle a attendu pendant notre repas à 5 mètres de nous, sur son lit où les cadeaux étaient dispersés.
Nous nous sommes levés et tour à tour l'avons saluée (embrassée).

L'histoire de ces 2 là n'est pas banale: monsieur est réputé être un fundi, c'est-à-dire un notable, un personnage qui "sait". Lui aurait des pouvoirs de guérisseur et a guéri madame d'une certaine maladie, des mauvaises langues m'ont dit qu'elle n'avait pas toute sa tête...
Puis nous avons quitté la maison de la mariée. Chacun s'est vu remettre un petit sac contenant gâteaux-maison, popcorns, bonbons et boissons.
































La suite de la fête s'est déroulée sur le plateau sportif du village. Un orchestre et des danseuses ont assuré pendant trois heures la fin du mariage.
Les mariés assisteront aux danses sur ce canapé spécialement aménagé.
Les décorations de Noël sont très souvent utilisées ici pour les événements religieux.
Place aux images pour vous faire vivre la musique et les chants (les ukumbi) qui ont rythmé la journée et ici, l'arrivée de la mariée au bras d'un oncle sous les poignées de riz, puis il y aura l'arrivée du marié et ensuite,tous deux sont restés presque toute la soirée assis à regarder les invités s'amuser.

Le marié fait son entrée accompagné par mon amie Zaïnaba et 50 personnes les suivent.

Tour à tour, tous les invités se bousculent pour venir saluer ou embrasser la mariée après avoir caressé son visage avec un billet de 10 € qu'elle dépose ensuite sur sa robe.
Les chanteuses arboreront elles aussi les billets récoltés pour leur prestation, épinglés sur leur salouva ou glissés dans leur poitrine.
Cette fête se terminera vers 20 heures. Elle se déroule bien entendu sans alcool et rares sont ceux à avoir fumé pendant cette journée.
Aux Comores, les festivités durent 4 jours!

27.4.12

L'esclavage à Mayotte

Aujourd'hui, c'est jour férié à Mayotte car c'est le 27 avril qui a été choisi par le Conseil Général pour commémorer l'Abolition de l'Esclavage "dans toutes les colonies et possessions françaises", comme le dit le décret pris par le gouvernement provisoire de la République le 27 avril 1848.
Pourtant, c'est le 9 décembre 1846 qu'une ordonnance du roi des Français Louis-Philippe avait aboli l'esclavage à Mayotte (Il faudra attendre le 1er juillet de l'année suivante pour la voir appliquée).


Dans les autres Dom, la date varie également pour cette commémoration, le 10 décembre à La Réunion par exemple.
Mais il n'y a aucune manifestation officielle de prévue! Pourquoi? L'esclavage est un sujet délicat qui montre que les Mahorais sont mal à l'aise avec leurs origines et leur Histoire.
On ne peut pourtant pas dire qu'il y a eu de véritables esclaves ici comme on entend ce terme en parlant des esclaves africains sur le continent américain. Retour en arrière:
Avant l'arrivée des colons européens, les Shiraziens ont instauré une hiérarchie arabo-islamique dans la société mahoraise qui était plutôt égalitaire. Il y avait les Kabaïla, classe supérieure riche, avec les Charifou (religieux), puis on trouvait les wangwana, classe intermédiaire de personnes libres de naissance et d'esclaves affranchis. Enfin, la classe inférieure était composée de warumwa, importés du Mozambique, esclaves qui pouvaient parfois être affranchis et les makuwa, esclaves africains les plus durement traités.
Mais en 1847, comme depuis plusieurs années, il y a environ 2700 esclaves recensés, plutôt bien traités, et cette abolition laisse craindre un départ de cette population "économique" alors que les premiers investisseurs de Nantes ou de l'île Bourbon (La Réunion) ont besoin de beaucoup de main d'œuvre! Ils veulent développer la canne à sucre.
Alors l'État Français a prévu les contrats d'engagement: « Il y a malheureusement dans l'ordonnance royale du 9 décembre 1846 une clause attachée à la libération du Noir, et que celui-ci ne comprend pas très bien ; c'est celle de l'engagement de cinq années au profit de l'Etat. Cet engagement, aux yeux de la majorité des captifs, c'est la continuation de l'esclavage » 
Les nouveaux affranchis doivent donc s'engager à travailler pendant 5 ans avant d'être vraiment libres! Quand ils ont compris, ils ont dit que l'esclavage continuait et beaucoup se sont enfuis, au Mozambique portugais surtout.
On est donc allé en recruter d'autres en Inde, à Zanzibar, en Arabie, au Mozambique encore et à Anjouan, avec plus ou moins de succès.
Mais des mauvais traitements ont été constatés et en 1856, après une révolte, un arrêté a tenté d'y mettre fin, sans succès. L'immigration intensive a donc continué et elle est restée dans les mémoires comme "travail forcé".
Un siècle plus tard, dans les années 50, les Mahorais se plaignent toujours d'être obligés de faire des travaux forcés, avec entre autres le fitako, la chaise à porteurs de triste renommée, (comme à La Réunion d'ailleurs), qui pouvait conduire en prison en cas de rebellion.
Témoignages:

Le travail forcé a duré jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale laissant, lui, un souvenir vivace. Jana na léo, revue peu suspecte d'hostilité à la France, a recueilli en 1989 quelques récits de survivants du domaine de Combani qui appartenait à la société coloniale maîtresse de l'île : la Bambao.
Boulédi (60 ans): "Qui n'a pas été humilié à Combani ? Beaucoup de nos concitoyens sont morts de maladie à la suite des mauvais traitements qu'ils y ont subis. C'était l'antichambre de l'enfer. " Madi Ali Dziki (65 ans) : "Le pouvoir te désignait comme dans une dictature pour aller travailler au profit des Blancs à Combani. En cas d'absence, même de maladie, on partait en prison. Si on récidivait, on était déporté dans les autres îles. " Said Chamaouni (65 ans): "J'ai refusé la traite de Combani. J'ai été déporté à Anjouan." Baco Ousséni (environ 90 ans) : "J'étais écoeuré par les travaux forcés. J'ai enduré cette peine pendant six mois. Sur un coup de tête, quelques forçats du travail et moi nous sommes portés volontaires pour aller mourir au front s'il le fallait, au lieu d'être humiliés sur place par une poignée d'étrangers sans scrupules. Quand je suis revenu en 1945, j'ai appris qu'un an après mon départ, les Anglais avaient réussi à mettre fin à cet esclavage. " Nahi Moukou (80 ans) : "C'était la plus belle victoire d'un homme privé de sa dignité, de son honneur et de sa liberté. Des Blancs et des miliciens ont été enfermés. Les Mahorais se déplaçaient de la brousse à pied pour voir cet événement insolite. Tous les condamnés pour refus de coopérer avec la Bambao ont pu s'enfuir de prison. J'admirais la bravoure des Anglais. Ce sont des hommes d'une bonté illimitée. Vous les enfants d'aujourd'hui, vous n'avez pas connu l'enfer de Combani. Vous discutez avec les M'zoungous. Vous allez dans leurs écoles, vous parlez, vous mangez avec eux. Vous êtes des téméraires inconscients


"Quand le médecin, le "district" ou le "région" qui était le chef suprême de Mayotte, partait en tournée on le portait sur une chaise en chantant.. Tout refus d'obéissance était sanctionné par cinq à dix jours de prison ferme, des coups de pied et des gifles ... La peur du m'zoungou était telle que même si les porteurs avaient des plaies infectées sur les épaules ou sur la plante des pieds, ils n'osaient pas le dire de peur des mauvaises sanctions".
S'il n'y a pas eu de véritable esclavage comme aux États-Unis d'Amérique par exemple, les Mahorais d'aujourd'hui, en tous cas certains, savent donc ce que leurs ancêtres ont enduré sous l'autorité des Blancs. C'est pour cela qu'ils devraient mieux célébrer ce jour, pour ne pas oublier.
Heureusement que nous en parlons dans nos classes...

13.2.12

Saint Valentin

Même en terre de culture musulmane, on fête de plus en plus la Saint (!) Valentin.
À en croire Les Bouénis, cette BD créée par un mzungu faut-il le rappeler, elle peut donner lieu ici à quelques mésaventures.

La polygamie est interdite officiellement depuis 2003, pourtant les femmes Mahoraises doivent encore partager très souvent leur mari avec une, deux ou plus rarement trois autres femmes.
Ça doit être la fameuse "civilisation inférieure" selon les dires de notre ministre de l'intérieur, dont les propos ont d'ailleurs été très peu commentés à Mayotte par les élus!
Ah! C'est compliqué la politique! Et dans cette société en pleine évolution parfois douloureuse de Mayotte, on sent qu'il y a des sujets pour lesquels la population d'ici n'est pas prête à débattre.
Comme la réforme voulue par le Président de la République sur l'immigration et le droit du sol, qui prend une valeur toute singulière sur cette terre d'immigration clandestine par excellence si j'ose employer ce terme. Nombreux sont les Mahorais qui pensent à mots plus ou moins couverts qu'il faut stopper ce flux sans pour autant analyser les moyens pour y parvenir. Le parti présidentiel est ici bien représenté (même si S. Royal  a obtenu plus de 65 % au 2ème tour en 2007) et, apparemment, semble prêt à suivre le Président sortant sur ces points délicats. Les médias publics sont assez suivistes de l'opinion générale, et conservateurs comme souvent dans les DOM, ne donnant la parole qu'aux élus UMP ou apparentés sur la réforme référendaire annoncée ce soir sur Mayotte 1ère.
On est bien loin de la Saint Valentin!

6.2.12

Maoulida

Aujourd'hui, c'était jour férié à Mayotte. L'an dernier, c'était le 12 février.
Les musulmans sont entrés dans le Maoulid, le mois qui célèbre la naissance du prophète, et l'ont fêtée officiellement aujourd'hui alors que chacun peut célébrer une fête chez lui quand il veut dans ce mois qui correspond à peu près au mois de février. Le Noël mahorais, en quelque sorte, d'ailleurs les guirlandes ornent certains commerces.
Mais des voix commencent à se demander si à l'heure de la départementalisation il est raisonnable de célébrer toutes les fêtes des 2 calendriers, musulman et grégorien.
D'autres débattent sur le statut férié ou chômé.
Quelques entreprises ont quand même ouvert leurs portes.
Plus rien n'est comme avant désormais et cela devrait encore évoluer.

31.12.11

Noël à la bougie

La soirée de Noël s'est déroulée à la bougie dans toute l'île.
Romantique, non?


Non! Rien de romantique dans tout ça, juste un autre conflit social qui ne débouche pas, à savoir EDM (électricité de Mayotte) qui se met en grève le 21 et des coupures pratiquées par les grévistes devant le refus de leur direction de leur octroyer les mêmes primes que leurs collègues ultramarins et le même statut que ceux de métropole, et leur direction qui leur dit qu'il faut s'adresser à l'État.
Mayotte étant à plus de 95% musulmane, les wasungus à priori chrétiens se sont sentis visés par cette coupure et les commentaires et accusations ont quelque peu entaché cette soirée, avant que tout rentre dans l'ordre vers 23 heures. Mais le mal était fait.
Les choses ne se sont pas calmées puisque des sabotages d'installations ont eu lieu, d'origine non-établies mais évidentes. Nouvelles tensions...si j'ose dire!
Et avant-hier soir, 28 décembre, un nouveau sabotage des installations a privé l'île d'électricité pendant plus de sept heures avec toutes les conséquences que cela induit. Comment vais-je retrouver mon congélateur, que j'ai tout de même presque vidé avant mon départ?
Et le conflit est dans l'impasse, ce qui rappelle de mauvais souvenirs. 

17.12.11

Apocalypse Mayotte

Paru dans Le Point.fr, un article pour mieux comprendre Mayotte.
Le point de départ est la fin de la grève de 44 jours contre la vie chère, le 6 novembre dernier.
La reprise de la mobilisation est annoncée pour lundi prochain, et la ruée vers le riz se poursuit, telle une psychose, avec même des blessés.

Apocalypse Mayotte
Le Point - Publié le 15/12/2011 à 01:41
Explosif. Le 101e département français sombre dans le chaos. Reportage.
Au dernier jour des barrages, les syndicats ont mobilisé le Coran ; dans le sud de Mayotte, des Fundis venus des villages, les vieux sachants de l'islam vêtus de tuniques blanches, mènent des prières au carrefour de Bandrélé ; une foule de femmes en pagne, au visage maquillé de bois de santal, des jeunes au genre rappeur mais coiffés de la coufia, la toque des jours de fête. Et, surveillant le tout, l'élite syndicale qui bloque l'île depuis six semaines. Nous sommes le 6 novembre, la grève contre la vie chère touche à sa fin."Pas facile de mobiliser quand le salariat n'existe pas, constate Kaffar Djamiloudine, numéro deux de la CGT. La vie chère, tout le monde comprend. Si on avait demandé une hausse des salaires, avec 38 000 salariés sur 200 000 habitants, ça ne concernait personne."
Kaffar, chemise blanche de rocker, est un instituteur formé sur le tas ; 1 300 euros par mois."Avec ça, je suis un nanti !" Son épouse est secrétaire au conseil général : "Elles sont 40 comme elle à ne rien faire ; elle a été prise dans le sillage d'un politique. C'est le système." Kaffar a été formé par la CGT à Montreuil, roublard et marxiste à la fois. Et les prières ?"Sans elles, on n'a pas les mammas. On montre notre respect des traditions ; ça rappelle aux vieux les prières pour le rattachement à la France, il y a quarante ans." Les Fundis se sont tus. Boinali Said, leader CFDT, harangue en langue shimaoré. Il paraphrase Mirabeau. "Le peuple mahorais ne se séparera pas sans avoir d'avoir rendu la République plus juste !"
Ainsi lutte-t-on à Mayotte, le 101e département, entre sourates et slogans."Pour nous comprendre, abandonne les idées reçues", plaide le sénateur Thani Mohamed, avocat de 39 ans. Donc, contempler une apocalypse sans préjugés. Voilà une île, Mayotte-Mahoré, qui a voulu rester française contre la décolonisation, aujourd'hui un département ruiné dès sa naissance ; le conseil général ne paie plus ses factures, plombé par un clientélisme de survie et ses 3 000 employés ; l'économie est trustée par des Européens, le tourisme squelettique, quand l'île est une merveille ; le français est une langue étrangère, ignoré dans les familles, appréhendé à l'école, plutôt mal que bien. Ici, l'Etat chasse l'immigré venu des Comores ; on le traque, on l'embarque par paquets dans des camions grillagés ; parfois, la justice condamne l'Etat qui a expulsé un Français par erreur. La grève n'aura été qu'un chaos de plus.
Ici naissent 8 000 enfants par an, quatre fois plus que dans la Nièvre, de population comparable."Le rythme des constructions scolaires ne pourra jamais suivre le rythme de l'utérus des Mahoraises", aurait lancé le vice-recteur pour justifier le manque de classes. La phrase est devenue la preuve du mépris métropolitain, une injustice au surplus : "Comment peut-on accuser les Mahoraises ? Ce sont les Comoriennes qui ignorent la contraception", s'indigne Faouzia Cordjee, référence du féminisme local. Qu'importe : Mayotte se surpeuple. On peut accoucher dans un lit d'hôpital que l'on quitte après 24 heures, faute de place ; ou dans la voiture des pompiers, que les femmes appellent au dernier moment, par peur : on expulse aussi les femmes enceintes. On peut accoucher dans un bidonville, sur le sol en terre battue d'une case... L'île-hippocampe, verte et chaude, est un enfer social. Mamoudzou, la capitale, est un embouteillage égayé de publicités pour portables. Les radios invitent les habitants à remplir leur déclaration de ressources pour obtenir des allocations. Des gangs apparaissent. Pourtant, Mayotte attire, îlot français dans un archipel miséreux vers lequel convergent des Comoriens sur des barques surchargées.
Roukia, 17 ans, a un rêve : récupérer ses carnets de notes de l'an dernier, quand elle était bonne élève en quatrième. Ses parents, renvoyés à Anjouan, aux Comores, n'ont pas pu recevoir le bulletin. Elle reste dans sa maison de tôle, dans le quartier de Majicavo-Koropa, près de Mamoudzou, avec huit frères et sœurs, et une grand-mère qui ploie la journée dans les campagnes, à cueillir des légumes qu'elle revendra. Roukia a un autre rêve : que ses parents reviennent. Ils risquent la noyade en essayant. En allant au collège, elle s'inquiète de son contrôle de SVT. Et elle a faim. Ça pourrait être pire. Depuis le début de la grève, les gendarmes ne descendent plus dans son bidonville. Sa tante ne dort plus dans les champs, sa cachette des temps ordinaires. Dans un autre bidonville, on rencontre Nadjma, autre Anjouanaise de 17 ans, et deux enfants déjà, le premier d'un viol à 12 ans. Elle était en CM2 et n'est jamais retournée à l'école. Presque une routine.
Parias. Ils sont 6 000 mineurs isolés, estimation courante, dans une île de 200 000 habitants. Six mille enfants dont les parents ont été expulsés, laissant leur progéniture en France. Ce sont les enfants de la lutte contre l'immigration. Seule une association, Tama, s'occupe de leur sort. Ils sont souvent nés à Mayotte, donc en France, seront français s'ils ne s'empêtrent pas dans leurs dossiers, conservés précieusement dans des chemises en plastique - certificat de naissance, bulletins scolaires... Mais, en attendant, des parias. Les sans-papiers forment un tiers apeuré de la population. On voit parfois, sur le toit d'une habitation mahoraise, une cabane de fortune : celle du clandestin. Il est une coutume appelée moussada, l'entraide : je t'aide à construire ta maison, tu me nourris. Le moussada a bon dos, pour faire suer le Comorien. Il construit la maison du Mahorais, cultive son champ, n'est pas payé ; dénoncé parfois. Jadis, Mahorais et Comoriens formaient un peuple de cousins. Ce passé se purge dans le mépris."Elle a détourné des hommes", dit une éducatrice mahoraise, quand elle découvre une gamine de 13 ans, enceinte, prostituée dans un bidonville. D'autres interpellent des gendarmes qui embarquent les clandestins : "Ne laissez pas les femmes, elles vont voler nos maris !"
"Cette chasse aux immigrés empoisonne l'île de sa violence" , dit Me Thani . Quand la grève a commencé, en septembre, la violence s'est échappée. Les Mahorais ont découvert que les gendarmes pouvaient brutaliser des citoyens français. Un enfant de 9 ans, Nassuir Oili, est devenu borgne : un gendarme lui a tiré dessus au Flashball. Un homme est mort dans une manifestation. Des magasins ont été pillés, des Métropolitains molestés. Sous le département, la colonie n'a jamais disparu.
Ce n'était pas écrit, pourtant, quand Mayotte était vouée à la pêche, à la cueillette et au désintérêt d'un colonisateur lointain. En 1975, Mayotte choisit la France contre les Comores. C'est le début du malentendu. Tous les confettis de l'empire se sont construits contre Paris. Mais ici, pas de Césaire ou de Fanon. La colonie, c'est la liberté ! Mayotte est un oxymore. Le statut de département, entériné en 2009, aura été la revendication unique des élus."Du coup, on a négligé tout le reste", constate Thani. La France n'a pas mis l'île au niveau de son rêve. L'Etat a ouvert des écoles, des collèges, un hôpital. Insuffisamment. Un architecte idéaliste, Vincent Liétard, a quadrillé l'île de cases en dur, les "maisons SIM", et inventé un personnage de BD, Bao, petit Mahorais philosophe face au chaos quotidien. Mayotte a été une épopée ; mais les pionniers étaient blancs.
Junk food. En 1980, un voilier aborde l'île. A bord, Lukas et Ida Nel, deux Sud-Africains de 24 ans. Ils ont fait fortune dans des vidéo-clubs. Mayotte doit compter 50 000 habitants, 50 Européens peut-être. Les Nel importent des vivres ; ils ont branché un congélateur sur le générateur d'un notable local."On n'avait pas de téléphone ; Lukas faisait décoller son avion pour passer ses commandes par radio." Un jour, Ida trouve l'idée : "Un plat facile à partager ; à l'époque, les Mahorais mangeaient en famille dans une assiette commune." Ainsi naissent les mabawas, des ailes de poulet à frire ; elles deviennent l'aliment fétiche du Mahorais, pour lequel l'île s'est révoltée en 2011. Les cueilleurs de bananes et pêcheurs sont devenus carnivores de junk food.
"Le mabawa, c'est la partie la plus grasse, la plus dégueulasse du poulet, rage Faouzia Cordjee.Ida Nel s'est enrichie sur notre santé. Elle a amené la bière et l'alcoolisme ; avant, on buvait en cachette du vin de palme ! " Ida, veuve, millionnaire et prométhéenne, se demande pourquoi Faouzia lui en veut."Faire du commerce, c'est mal ? Les Mahorais veulent être fonctionnaires ou assistés. Avec Lukas, on a pris nos risques." (Aujourd'hui, Ida Nel est présidente de la Chambre de Commerce et d'Industrie, la CCI)
Ainsi est née Mayotte l'hybride. Française mais aliénée. Pas d'économie réelle mais des emplois politiques, ou une débrouille gênée par les nouveaux règlements. Les Mahorais, qui construisent leurs maisons selon des droits coutumiers, apprennent le cadastre et vont découvrir les joies des impôts locaux. La terre, parie-t-on, sera la prochaine cause de révolte. L'arrivée de la Sécurité sociale a exclu de la santé la foule des sans-papiers, qui se presse aux consultations de Médecins du monde.
L'inégalité ravage tout. Les Blancs, les m'zungus, en haut du pavé : toubibs, fonctionnaires, qui doublent leur salaire métropolitain. Ensuite, des Mahorais propriétaires ou salariés, émargeant à la modernité. Puis les Mahorais de l'assistance. Puis les illégaux. Les strates sont - parfois - traversées de solidarités de pauvres. A Majicavo-Koropa, Ibrahim, policier municipal, a des voisins sans-papiers ; il a épousé une illégale, il a ramassé sur des plages des immigrants noyés ; il répugne à chasser le Comorien."Tout le monde vit mal et je ne suis pas heureux ; je ne peux rien donner à mes enfants."
Rappeur. La télévision apporte l'écho d'un monde inatteignable. Le cinéma de l'île est fermé : le conseil général, propriétaire, ne pouvait plus payer les films ! La crise est identitaire. Faux département, fausse colonie, coupée de ses voisins. Les jeunes s'ennuient et rêvent. Dans le nord, au bord d'une plage de paradis, Kamil, dit Daddy Faya, fringué stylé au fond de la brousse, fait du raggamuffin sur des ordinateurs essoufflés dans son banga, sa case de terre. Sa maman le nourrit, qui vit d'allocs et de gardes d'enfants. Ses clips passent sur Kwezi, la chaîne branchée. Il ira à Limoges, peut-être, "pour découvrir qui je suis". Il y connaît des gens."Ça ressemble à quoi, Limoges ?"
Kamil rêve de France ; d'autres font le chemin à l'envers. A M'tsapéré, près de Mamoudzou, un jeune homme de 25 ans tisse sa culture hybride. Bo-Houss, fils d'un prof d'arabe et de Coran, a étudié en métropole, avant de revenir. Il est vedette du rap mahorais, qu'il psalmodie en ténor des îles. Crâne rasé, lunettes teintées, Bo-Houss fait beau gosse de métropole, mais ne pense qu'à conjuguer ses racines."Je suis d'ici, dit-il, embrassant la mer et la vieille mosquée. Et je parle de notre vie ; nos jeunes, qui veulent être inscrits dans le monde." Il chante une "mahoraise" sur l'air de Rouget de Lisle ; il remercie Allah et son père rétif au rap."Je me sens chez moi aux Comores, à la Réunion, à Madagascar. Les immigrés qu'on expulse, ce sont nos copains." Bo-Houss a été invité aux Francofolies de La Rochelle. On lui demande s'il est français."C'est une bonne question", dit-il, puis se tait. Mayotte commence peut-être avec son silence
CLAUDE ASKOLOVITCH, ENVOYÉ SPÉCIAL À MAYOTTE

Retards
64 % des élèves de CE1 de Mayotte ont échoué en 2011 à l'évaluation nationale en français, contre 8 % dans tout le pays. Ce seul chiffre donne la mesure du retard de l'île, que l'Etat ne compense pas. On dépense proportionnellement moins pour Mayotte que pour les autres DOM (3 613 euros par habitant, contre 5 056 à La Réunion).

Histoire
1841 Mayotte est vendue à la France par son sultan, qui veut se protéger de ses voisins.
1974 Les Mahorais refusent l'indépendance pour ne pas être comoriens.
2009 Mayotte devient un département.(effectif en 2011)
2011 Le préfet Denis Robin impose la baisse du prix de la viande pour mettre fin à une grève de six semaines.

27.11.11

Bonne année 1433

Je ne suis pas sûr que les quelque 180 000 musulmans de Mayotte sachent qu'ils viennent de passer, hier exactement, en l'an 1433 de l'Hégire, l'exode du Prophète (point de départ en 622 et années lunaires).
Cette nouvelle année est peu fêtée mis à part dans les madrassas, elle est moins importante que dans d'autres civilisations, en tous cas ici.
Ce matin, il a plu copieusement, pour la première fois depuis 6 mois, et certains y voient un présage pour une heureuse et fertile année Inch Allah, d'autres y voient peut-être le début de la saison des pluies, et les plus raisonnables ont vu Éva Joly débarquer de La Réunion pour sa campagne électorale à Mayotte.

1.11.11

Que la terre lui soit légère

En ces temps de célébration des morts en métropole, sachez qu'hier a aussi été célébré un mort à Mayotte.
Symbole pour les uns, déjà martyr pour les autres, il s'agit bien sûr d'Ali El-Anziz, le manifestant mort le 19 octobre et cette mort avait entraîné une flambée de violence les jours suivants et une polémique.
Pourquoi a-t-il été inhumé seulement hier?
Une autopsie avait été ordonnée, qui avait conclu à un massage cardiaque mal opéré alors qu'Ali était encore vivant, massage occasionnant la fracture d'au moins une côte qui avait perforé le cœur, ne lui laissant aucune chance.
Aussitôt, la famille a demandé une contre-autopsie, ainsi que le président du Conseil Général car un de ses employés a été mis en cause pour ce massage. Cette nouvelle autopsie a été pratiquée enfin dimanche et c'est pourquoi le corps n'a été remis à la famille qu'à la suite.
Allez savoir pourquoi, on ne connaît toujours pas le résultat de ce nouvel examen: dans la semaine ou dans les semaines à venir, selon les sources.
De quoi se poser des questions et planer une lourde menace sur le calme apparent revenu ces derniers jours.
Ali a donc été inhumé hier dans la dignité et selon la religion musulmane. Environ 3000 personnes y ont assisté, sous le soleil écrasant de ce début d'été.

Une sorte de haie d'honneur entre le domicile du défunt et la mosquée sur une centaine de mètres avec le cercueil qui est porté de main en main.
Puis le cercueil a été porté par tous les hommes au cimetière, pendant que les femmes chantaient à l'écart: une trève dans la grève.

Aujourd'hui, un Maoulida Shenge a été organisé place de la République à Mamoudzou.
Il s'agit encore d'une cérémonie religieuse, destinée à accueillir mercredi l'ancien préfet qui a été envoyé par Paris pour essayer de dénouer la grève, qui dure toujours. Denis Robin, c'est son nom, a été un préfet qui était bien perçu par la population, d'où des espoirs mais avec beaucoup de circonspection aussi.
Le Maoulida est une danse qui consacre la séparation des hommes et des femmes (ici il vaudrait mieux dire les femmes et les hommes, nuance d'importance): les hommes font l'orchestre et les femmes dansent et interdit de se mélanger.
Les Shenge sont des djinns, des esprits. Il y en a plusieurs sortes pour différents rôles. Pour ce qui nous concerne aujourd'hui, les Shenge, comme également les Patrosi et les Mugala, sont les esprits des anciens rois et dirigeants de Mayotte, et, nous y voilà, qui sont généralement consultés pour les affaires politiques de l'île. Ce sont les seuls à consommer, une fois dans le corps de leur hôte (pauvre ex-préfet!) des noix d'arec et du betel avec un peu de chaux.
En plus de danser, les femmes ont donc aussi chanté et tout le monde prié les esprits pour favoriser la réussite de cette entreprise. Et cette célébration durera jusqu'à l'aube.

Pendant ce temps, les peu nombreux catholiques de l'île ont célébré leur Toussaint dans l'église catholique de Mamoudzou, Notre-Dame de Fatima.
Au premier plan, le clocher.

31.8.11

Ide Mbaraka !

Aujourd'hui, c'était jour férié à Mayotte en raison de la fête de l'Aïd-el fitr, la fin du Ramadan.
Tous les Mahorais ont célébré cet événement majeur dans la religion musulmane.
Pourtant, certains l'ont célébrée avec un jour d'avance car des bruits ont couru qu'à Madagascar et à Anjouan, les cadis avaient aperçu le croissant de lune lundi soir, annonçant la rupture du jeûne et l'Aïd le lendemain. Une grande confusion en a découlé chez les cadis de Mayotte, au point que le grand cadi l'a dans un premier temps annoncé avant de changer d'avis (vers minuit!).
Trop tard pour certains qui avaient entamé les préparatifs. Il est vrai que chaque année des dissidents ne suivent pas la consigne du grand cadi.
Le cadi est une sorte de grand sage qui rendait la justice (de moins en moins avec l'application du droit commun donc de la justice républicaine) et organise la vie religieuse musulmane. C'est une personnalité très respectée qui connaît parfaitement les textes à appliquer. Il y en a un dans chaque grand village.
Donc tous les Mahorais, petits, grands, hommes, femmes étaient tous sur leur 31!
Traditionnellement, ils se rendent sur la tombe des disparus pour y demander à Allah de pardonner leurs mauvaises actions.
Famille en gonra devant le cimetière de Passamaïnty
De nombreuses animations ont été organisées: tournois de foot, rugby, basket, et des jeux divers pour les jeunes, des spectacles, danses  pendant que les aînés goûtaient aux délicieux plats préparés par les femmes.

Et il y a aussi les publicitaires qui s'emparent de l'événement. Après les "Tsoumou Djéma" (joyeux Ramadan), c'est au tour des Ide Mbaraka (bonne fête de l'Aïd, à peu près).
Tous les abonnés Orange ont reçu le même message sur leur mobile.
Signe des temps...

27.8.11

C'est la rentrée

C'est parti pour une deuxième année à Mayotte.
Après un mois et demi de métropole, me voici de retour sur "mon île" d'accueil.
Atterrissage musclé suivi d'applaudissements comme d'habitude, et tout de suite cet air chaud parfumé aux embruns marins, les couleurs du lagon et les Mahorais, partout, inondant de vie les deux îles.
Puis très rapidement la rentrée avec 30 nouvelles têtes, mais cette année un peu moins déconcertantes heureusement: cette rentrée sera plus facile!
Ici tout est redevenu sec, poussiéreux après plusieurs semaines sans pluies; les alizés adoucissent un peu l'air chaud, en général entre 29 et 31 °C tous les jours (c'est l'hiver ici), et la lumière est belle au-dessus du lagon. Les baleines sont elles aussi de retour, j'espère vous en montrer le weekend prochain.
Cette semaine verra également la fin du Ramadan (mardi ou mercredi, ça dépend de la lune et du cadi) et aujourd'hui, il y avait une grande effervescence à Mamoudzou sur le marché qui a triplé à l'approche de la fête de l'Aïd.

Toutes ces tentes ont été montées il y a 15 jours pour le marché de l'Aïd. D'ailleurs, comme d'habitude ici, rien n'était prévu pour leur installation. Mais les commerçants se frottent les mains car après la rentrée, c'est un second moment fort pour eux Seuls les adultes voient leur maigre bourse diminuer encore. Qu'importe, la fête doit être belle, on le sent quand on parle avec eux.

Rien ne manque, les enfants auront des jouets et toute la famille aura des habits neufs, des chaussures, des bijoux et la maison ne sera pas oubliée. Là encore, toute la société mahoraise ne connaîtra pas les fastes mais la fête, si modeste soit-elle, sera célébrée.

30.4.11

L'îlot de sable blanc

Pour aller à l'îlot de sable blanc, il vous faut une embarcation. Celle-ci suffira:
 Ensuite, il faut un capitaine ad hoc:
Et deux ou trois passagers de marque:
Corentin porte le fameux chapeau de Sada
Ensuite, cap au sud-est de l'île.
Une fois arrivés, on termine à la nage.
 Et on admire les couleurs!


 Ce sable-là a une histoire:
Une légende mahoraise raconte que le roi de Sazilé, au moment de marier sa fille, voulut que son futur gendre marchât sur un chemin de riz de son palais au village. Il fit donc répandre cette précieuse denrée mais Allah, en voyant cela, fit engloutir le village par les flots et changea le riz en sable car il est interdit de piétiner de la nourriture dans la religion musulmane. Sable qui aujourd'hui rappelle cette histoire car Sazilé en shimaoré signifie "en ce temps-là".
Il n'en reste plus aujourd'hui que cet îlot, disparaissant presque à chaque grande marée.
La couleur blanche vient certes de la couleur du riz mais plus exactement de la proportion importante de débris de coraux mélangés au sable blond.

Au retour, petite incursion dans la mangrove, indispensable protectrice du lagon:


Photos de Joëlle