L'actualité récente nous offre deux téléscopages.
On pourrait multiplier les exemples car tous les jours des courageux éducateurs, enseignants ou autres très nombreux intervenants tentent de guider la jeunesse mahoraise vers de meilleurs avenirs (le leur et celui de leur île), mais tous les jours des ados à la dérive détruisent tous les efforts consentis avec toujours plus de violence.
Premier exemple, malheureusement fréquent: des bandes de jeunes s'affrontent et malheur à ceux qui tentent de s'interposer, fussent-ils enseignants.
Jeudi dernier, un enseignant d’EPS (Education Physique et Sportive) du collège K2 (Kawéni) se rend sur le stade de football, derrière K1, avec une de ses classes. Une bande de jeunes arrive alors, armés de couteaux, de chaines et de cailloux qui s’en prennent à l’enseignant. Ils parviennent à lui prendre son portable. Il sera transporté au CHM. En riposte, 25 policiers ont passé au peigne fin le secteur vendredi, incluant les collèges K1 et K2, et le lycée de Kawéni. Ils ont interpellé un jeune de 16 ans: « Alors que nous encerclions la zone, un jeune s’est fait menaçant, insultant un policier, en les défiant alors que nous le pourchassions ». Les pompiers ont été appelés car lors de son interpellation il est parvenu à blesser un policier. « Ce n’est pas un jeune de Kawéni, il est scolarisé à Kahani ». Une réunion devait se tenir à la suite de cette agression entre les principaux des collèges, et le cabinet du vice rectorat. A.P-L. Le Journal de Mayotte - See more at: http://lejournaldemayotte.com/fil-info/descente-de-police-a-la-suite-dune-agression-sur-un-terrain-de-sport/#sthash.v5O0lHXK.dpuf
Chaque jour, des faits de trafic de drogue, de vols, souvent violents, alimentent la rubrique "société" des journaux (où certains ont l'air de se complaire).
Deuxième cas, et on préfèrera le garder en référence: l'espoir d'une jeunesse qui découvre son île avec enthousiasme.
Ils sont attachants, ces jeunes.
Mais la partie est loin d'être gagnée, cette jeunesse a besoin de soutien, de reconnaissance et d'encadrement. Même si les intentions existent, la prise de conscience forte n'est toujours pas au rendez-vous, les élus sont frileux (un comble ici) et ils attendent bien sûr des moyens du gouvernement, qui est évidemment le responsable...
MAYOTTE l'île au lagon, aux parfums, aux tortues, l'hippocampe
Affichage des articles dont le libellé est Du côté des écoles. Afficher tous les articles
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12.6.14
7.6.13
Le Coux du Miradji
Coux, c'est François Coux, le dernier vice-recteur en date à Mayotte.
Le précédent s'était rendu célèbre en déclarant, pour essayer de justifier le manque d'équipements scolaires, que "le rythme des constructions ne pourra jamais suivre celui des utérus des Mahoraises"!
Il a laissé la place à F. Coux, qui est déjà accusé d'autoritarisme par le syndicat du second degré, à défaut d'être bavard.
On s'aperçoit que souvent, les responsables nommés ici sont tentés de faire des coups d'éclat avant de repartir rapidement; certains disent qu'on ne nous envoie pas les meilleurs, ce qui n'est pas forcément vérifié.
Alors sans doute pour laisser un souvenir à Mayotte, celui-ci a décidé de bouleverser le calendrier des jours fériés sur l'île.
Aujourd'hui, c'est le Miradji (ou Miradj, Mirhadj), qui célèbre l'ascension du Prophète dans la religion musulmane. Traditionnellement, ce jour est férié à Mayotte, comme l'y autorise le code du travail version mahoraise:
Au risque d'allumer une guerre religieuse mal venue dans un département où 95% de la population est musulmane et très pratiquante, le vice-recteur (il n'y a pas de recteur dans l'académie de Mayotte) a décidé que cette année, le Miradji ne serait pas férié dans l'éducation nationale, alors qu'il reste férié dans toutes les autres administrations et dans toute l'île.
Il soutiendrait que la date est trop proche des examens (et en primaire?) et qu'il y a des jours de grève qui risquent perturber la préparation de ceux-ci (il est vrai que la grève pour l'indexation a provoqué, et ce n'est pas fini, quelques jours sans prof pour les étudiants).
Mais s'attaquer à la date et au droit de grève! Et à la religion!!
Comment ont réagi les Mahorais?
Dès l'annonce, il s'est dit à mots non-couverts (même à la télé d'ici) que la décision pourrait ne pas être très bien comprise. Et le débat s'est porté vers l'inévitable question: est-il normal que l'on supprime un jour férié de la religion musulmane alors qu'on impose aux Mahorais les jours fériés de la religion chrétienne?
La religion chrétienne n'est pas la religion officielle de la République Française, même si certain président de la République s'est laissé aller il y a quelques années.
Hier soir, des responsables ont appelé les parents à ne pas envoyer leur progéniture à l'école aujourd'hui.
D'ailleurs ce matin, dans mon école, qui est comme les autres, seule une quarantaine d'élèves sur 350 s'est présentée.
Comme on dit en ce moment à Roland-Garros, ce n'était pas un Coux gagnant, plutôt un revers!
Le précédent s'était rendu célèbre en déclarant, pour essayer de justifier le manque d'équipements scolaires, que "le rythme des constructions ne pourra jamais suivre celui des utérus des Mahoraises"!
Il a laissé la place à F. Coux, qui est déjà accusé d'autoritarisme par le syndicat du second degré, à défaut d'être bavard.
On s'aperçoit que souvent, les responsables nommés ici sont tentés de faire des coups d'éclat avant de repartir rapidement; certains disent qu'on ne nous envoie pas les meilleurs, ce qui n'est pas forcément vérifié.
Alors sans doute pour laisser un souvenir à Mayotte, celui-ci a décidé de bouleverser le calendrier des jours fériés sur l'île.
Aujourd'hui, c'est le Miradji (ou Miradj, Mirhadj), qui célèbre l'ascension du Prophète dans la religion musulmane. Traditionnellement, ce jour est férié à Mayotte, comme l'y autorise le code du travail version mahoraise:
| Les trois dernières lignes sont claires |
Il soutiendrait que la date est trop proche des examens (et en primaire?) et qu'il y a des jours de grève qui risquent perturber la préparation de ceux-ci (il est vrai que la grève pour l'indexation a provoqué, et ce n'est pas fini, quelques jours sans prof pour les étudiants).
Mais s'attaquer à la date et au droit de grève! Et à la religion!!
Comment ont réagi les Mahorais?
Dès l'annonce, il s'est dit à mots non-couverts (même à la télé d'ici) que la décision pourrait ne pas être très bien comprise. Et le débat s'est porté vers l'inévitable question: est-il normal que l'on supprime un jour férié de la religion musulmane alors qu'on impose aux Mahorais les jours fériés de la religion chrétienne?
La religion chrétienne n'est pas la religion officielle de la République Française, même si certain président de la République s'est laissé aller il y a quelques années.
Hier soir, des responsables ont appelé les parents à ne pas envoyer leur progéniture à l'école aujourd'hui.
D'ailleurs ce matin, dans mon école, qui est comme les autres, seule une quarantaine d'élèves sur 350 s'est présentée.
Comme on dit en ce moment à Roland-Garros, ce n'était pas un Coux gagnant, plutôt un revers!
24.3.13
Paradis amers, le film
Quelqu'un a eu la bonne idée de mettre ce film sur YouTube alors le voilà, comme France Télévisions n'a pas l'air pressé de le diffuser aux métropolitains.
Il dure 1h30 et la présentation est ici: Paradis amers
Il dure 1h30 et la présentation est ici: Paradis amers
Double-clic pour le plein écran.
11.3.13
Bonnet d'âne
"L'affaire" de Mzouazia (voir ici) vaut à Mayotte une publicité dont elle devrait bien se passer.
La Ligue des Droits de l'Homme rappelle à l'ordre et surtout à la loi les "justiciers" Mahorais et, plus grave, les autorités publiques de l'État et de l'île.
La Ligue des Droits de l'Homme rappelle à l'ordre et surtout à la loi les "justiciers" Mahorais et, plus grave, les autorités publiques de l'État et de l'île.
"vendetta", "expédition punitive", "délation": pas très joli tout ça...
La Ligue de l'Enseignement a elle aussi réagi en refusant que les enfants soient "des boucs-émissaires", eux qui sont "les premières victimes de l'incurie des adultes". Elle rappelle le droit fondamental à l'éducation pour tous.
Faire de belles phrases interminables en empruntant des mots très compliqués est une chose, mais mettre en œuvre les principes et les idées fondatrices de la République Française en est une autre.
Mahorais, Mahoraises, il va falloir vous discipliner et vous élever au niveau des valeurs de cette République que vous avez plébiscitée, sinon vous serez privés de récré!
19.2.13
Les nuisibles
Insupportable
Glauque
Révoltant
Nauséeux
Juste une dépêche de trois lignes, relayée par un reportage filmé au journal du soir, où l'on apprend en plus que ces "justiciers" sont allés aux domiciles d'autres personnes en situation irrégulière pour les persuader de quitter la commune au plus vite, disons demain!
Le ton du reportage était à peine surpris par ce "fait divers".
Une chronique de la haine ordinaire, en quelque sorte...
On y a même vu le soi-disant premier magistrat de la commune "purificatrice" soutenir sans rire ce qui tomberait en métropole sous le coup d'un dépôt de plainte immédiat pour xénophobie avec voies de fait.
Comme prétexte invoqué, ces mauvais même-pas-citoyens sont responsables de toute l'insécurité qui règne dans la commune. Et ils ont l'air d'y croire.
Pauvre Mayotte!
Pendant ce temps, dans le chef-lieu, le maire, peut-être soutenu par son conseil, a donc décidé de mettre quelque 9000 élèves dans la rue pendant 3 jours pleins en fermant d'autorité 22 écoles de Mamoudzou qui ne respectent pas les normes d'hygiène et de sécurité dont il est lui-même garant et responsable.(voir ici)
Comme prétexte invoqué, l'état ne lui donne pas assez d'argent.
Dans quelques semaines, on risque d'apprendre que l'argent était bien là mais qu'il a été engouffré dans des opérations douteuses, si ce n'est de l'enrichissement personnel. Les présomptions de ce genre sont courantes et parfois avérées ici.
Pauvre Mayotte!
Dans les 2 cas, ce sont les enfants les victimes. Mais les enfants, ici, est-ce vraiment important?
L'air était déjà étouffant ces derniers temps, il risque de devenir irrespirable.
14.2.13
Des écoles hors norme
La presse locale s'émeut une nouvelle fois de l'état des écoles de Mayotte.
C'est bien mais ce sujet revient dans l'actualité tous les ans depuis..... disons 10 ans!
Alors, du nouveau? Ben non! Juste une piqûre de rappel.
Le gros titre en ce moment c'est:
À Mamoudzou, 22 des 38 écoles primaires ne sont pas aux normes d'hygiène et de sécurité.
En métropole, il y a longtemps qu'elles seraient fermées. D'ailleurs, l'auriez-vous crû, les élus locaux prévoient de fermer les 22 établissements incriminés durant une semaine en signe de mécontentement et pour clamer haut et fort que les enfants ne peuvent pas apprendre dans de pareilles conditions.
Si, si, vous ne rêvez pas!
Tout le monde sait que les écoles maternelles et élémentaires sont financées par les communes en France.
Mais Mayotte est-elle vraiment en France?
Ici, "on" pense que le responsable est l'état, et que s'il ne donne pas plus d'argent, ce sera lui le responsable! Ben voyons!
Et l'état, par la voix du préfet, de rétorquer qu'il a considérablement augmenté son aide qui était déjà fort conséquente! Na! Malgré cette aide, il dépense ici 2 fois moins par élève qu'en métropole alors que le PIB est 5 fois moins élevé.
Bref: on n'en sortira pas.
Il est vrai que les communes ne perçoivent pas encore le fruit des impôts, qui seront instaurés l'année prochaine. C'est la raison pour laquelle c'est l'état qui assure en grande partie le financement de ces équipements. Mais voilà, il voudrait bien savoir où passent les millions accordés dont on ne voit pas l'effet.
Sur les 195 écoles primaires du département, près de 150 devraient fermer!
Les établissements secondaires sont dans un bien meilleur état (sauf le lycée de Mamoudzou!) car beaucoup plus récents en général. Mais qu'en sera-t-il à l'avenir?
En attendant, dans nos écoles, les plus courageux des adultes se bouchent le nez pour aller dans les toilettes des élèves, les autres s'abstenant de 7h à midi ou de 12h30 à 8h.
Les élèves évitent miraculeusement les trous, morceaux de ferraille rouillés, bordures acérées de béton, fils électriques dénudés "en principe" non alimentés, débris de verre cassé, pointes et coins de tôles qui dépassent, etc... dans les cours de récréation.
Dans les classes, c'est beaucoup moins dangereux, sauf quand une grille de néon ou un brasseur d'air (souvent en panne) tombe sur un élève!
C'est ce qui vient de se passer à Chirongui où les parents d'élèves ont fermé l'école et la mairie aussi!
Mais comme il faut bien paraître, l'adsl arrive peu à peu dans nos écoles (parfois sans ordis) et aussi paraît-il, mais là je demande à voir, des TBI!!!
Ils n'ont pas peur qu'ils tombent sur les élèves?
C'est bien mais ce sujet revient dans l'actualité tous les ans depuis..... disons 10 ans!
Alors, du nouveau? Ben non! Juste une piqûre de rappel.
Le gros titre en ce moment c'est:
À Mamoudzou, 22 des 38 écoles primaires ne sont pas aux normes d'hygiène et de sécurité.
En métropole, il y a longtemps qu'elles seraient fermées. D'ailleurs, l'auriez-vous crû, les élus locaux prévoient de fermer les 22 établissements incriminés durant une semaine en signe de mécontentement et pour clamer haut et fort que les enfants ne peuvent pas apprendre dans de pareilles conditions.
Si, si, vous ne rêvez pas!
Tout le monde sait que les écoles maternelles et élémentaires sont financées par les communes en France.
Mais Mayotte est-elle vraiment en France?
Ici, "on" pense que le responsable est l'état, et que s'il ne donne pas plus d'argent, ce sera lui le responsable! Ben voyons!
Et l'état, par la voix du préfet, de rétorquer qu'il a considérablement augmenté son aide qui était déjà fort conséquente! Na! Malgré cette aide, il dépense ici 2 fois moins par élève qu'en métropole alors que le PIB est 5 fois moins élevé.
Bref: on n'en sortira pas.
Il est vrai que les communes ne perçoivent pas encore le fruit des impôts, qui seront instaurés l'année prochaine. C'est la raison pour laquelle c'est l'état qui assure en grande partie le financement de ces équipements. Mais voilà, il voudrait bien savoir où passent les millions accordés dont on ne voit pas l'effet.
Sur les 195 écoles primaires du département, près de 150 devraient fermer!
Les établissements secondaires sont dans un bien meilleur état (sauf le lycée de Mamoudzou!) car beaucoup plus récents en général. Mais qu'en sera-t-il à l'avenir?
En attendant, dans nos écoles, les plus courageux des adultes se bouchent le nez pour aller dans les toilettes des élèves, les autres s'abstenant de 7h à midi ou de 12h30 à 8h.
| Source: http://sebmel.over-blog.com |
Dans les classes, c'est beaucoup moins dangereux, sauf quand une grille de néon ou un brasseur d'air (souvent en panne) tombe sur un élève!
C'est ce qui vient de se passer à Chirongui où les parents d'élèves ont fermé l'école et la mairie aussi!
Mais comme il faut bien paraître, l'adsl arrive peu à peu dans nos écoles (parfois sans ordis) et aussi paraît-il, mais là je demande à voir, des TBI!!!
Ils n'ont pas peur qu'ils tombent sur les élèves?
8.2.13
Ces mineurs qui minent Mayotte
Ça va mal à Mayotte.
On pourrait dire que ça continue, mais là, la situation devient critique.
Chaque jour se produisent des vols, agressions, incidents entre bandes rivales, etc...
L'insécurité est de tous les instants, de nuit comme de jour, en ville comme en brousse, et presque toujours, les auteurs sont des gamins qui n'ont peur de rien, qui sont capables de récidiver dans la journée au même endroit, de provoquer la police.
Lundi dernier, enième caillassage d'un bus entre collégiens rivaux de Passamaïnty et Tsoundzou. Leur "guerre" n'a jamais cessé, malgré la délocalisation des 6ème de Tsoundzou et la promesse d'un collège propre à ce village pour éviter de se frotter aux collégiens "ennemis" de Passam'city comme ils se nomment.
Bilan: 4 blessés et des élèves terrorisés, et la haine qui s'amplifie.
Le jour suivant, grève du transporteur, encore, qui avance une facture de 50000 € depuis le début.
Le weekend dernier, d'importants magasins cambriolés dans la principale zone commerciale de l'île, pour un préjudice estimé à 15000 €.
Lundi dernier encore, une croisière fait escale à Mamoudzou, comme tous les étés.
Les passagers en descendent pour visiter Mayotte mais certains choisissent de flâner dans les rues de Mamoudzou. Parmi eux, beaucoup de croisiéristes allemands, et un se fait agresser, un homme de 78 ans qui repart demain dans son pays, blessé et traumatisé. Il ne fait pas bon être touriste ici en ce moment!
Devant tous ces méfaits (on passe sur le quotidien des cambriolages et agressions), il y a eu comme une situation d'urgence et une série de réunions a été convoquée. Associations, instances officielles, partenaires sociaux, comités de quartier, c'est le branle-bas à tous les étages.
Le Procureur de la République, le défenseur des droits, le Préfet, la sous-préfète, tous interviennent.
Pas de quoi impressionner les auteurs qui sont mineurs et quand ils sont interpellés, savent très bien qu'après un rappel à la loi, ils seront relâchés. Et pourront reprendre leur commerce.
Alors que sortira-t-il de ces réunions?
Il y a urgence, depuis que tout le monde dit que les jeunes sont un problème, une bombe à retardement, que Mayotte est le plus grand orphelinat de France.
Un très bon article à lire ici par une très bonne journaliste, une vraie, dans Malango Actualités.
Le jour où les gens ne se laisseront plus faire, il y aura des morts.
Aujourd'hui encore, un cambrioleur a essayé de sévir dans notre cour. Par chance, il y avait du monde. La semaine dernière, il n'y avait personne, un appartement dévalisé!
À qui le tour?
On pourrait dire que ça continue, mais là, la situation devient critique.
Chaque jour se produisent des vols, agressions, incidents entre bandes rivales, etc...
L'insécurité est de tous les instants, de nuit comme de jour, en ville comme en brousse, et presque toujours, les auteurs sont des gamins qui n'ont peur de rien, qui sont capables de récidiver dans la journée au même endroit, de provoquer la police.
Lundi dernier, enième caillassage d'un bus entre collégiens rivaux de Passamaïnty et Tsoundzou. Leur "guerre" n'a jamais cessé, malgré la délocalisation des 6ème de Tsoundzou et la promesse d'un collège propre à ce village pour éviter de se frotter aux collégiens "ennemis" de Passam'city comme ils se nomment.
Bilan: 4 blessés et des élèves terrorisés, et la haine qui s'amplifie.
Le jour suivant, grève du transporteur, encore, qui avance une facture de 50000 € depuis le début.
Le weekend dernier, d'importants magasins cambriolés dans la principale zone commerciale de l'île, pour un préjudice estimé à 15000 €.
Lundi dernier encore, une croisière fait escale à Mamoudzou, comme tous les étés.
Les passagers en descendent pour visiter Mayotte mais certains choisissent de flâner dans les rues de Mamoudzou. Parmi eux, beaucoup de croisiéristes allemands, et un se fait agresser, un homme de 78 ans qui repart demain dans son pays, blessé et traumatisé. Il ne fait pas bon être touriste ici en ce moment!
Devant tous ces méfaits (on passe sur le quotidien des cambriolages et agressions), il y a eu comme une situation d'urgence et une série de réunions a été convoquée. Associations, instances officielles, partenaires sociaux, comités de quartier, c'est le branle-bas à tous les étages.
Le Procureur de la République, le défenseur des droits, le Préfet, la sous-préfète, tous interviennent.
Pas de quoi impressionner les auteurs qui sont mineurs et quand ils sont interpellés, savent très bien qu'après un rappel à la loi, ils seront relâchés. Et pourront reprendre leur commerce.
Alors que sortira-t-il de ces réunions?
Il y a urgence, depuis que tout le monde dit que les jeunes sont un problème, une bombe à retardement, que Mayotte est le plus grand orphelinat de France.
Un très bon article à lire ici par une très bonne journaliste, une vraie, dans Malango Actualités.
Le jour où les gens ne se laisseront plus faire, il y aura des morts.
Aujourd'hui encore, un cambrioleur a essayé de sévir dans notre cour. Par chance, il y avait du monde. La semaine dernière, il n'y avait personne, un appartement dévalisé!
À qui le tour?
5.12.12
Vali, la suite
Elle a de la suite dans les idées, Vali!
Elle n'est pas seulement l'auteure du diaporama posté quelques messages plus bas (Dis-leur, de Vali).
Elle est à l'origine d'un projet que vous pourrez voir sur le site que je vous conseille vivement de visiter ici tellement la page est bien faite, et sur laquelle on apprend tout sur l'action entreprise pour permettre au jeune vedette du diaporama, Djam's, de s'en sortir.
Et vous pouvez même y apporter votre contribution!
Il a de la chance, celui-là, d'être tombé sur Vali! Mais il la mérite selon elle.
Malheureusement, ce n'est pas le cas de milliers d'autres, ici, qui sont abandonnés.
Écoutez un radio de rfi du 29 novembre qui, en rendant hommage à Vali, évoque leur situation:
Elle n'est pas seulement l'auteure du diaporama posté quelques messages plus bas (Dis-leur, de Vali).
Elle est à l'origine d'un projet que vous pourrez voir sur le site que je vous conseille vivement de visiter ici tellement la page est bien faite, et sur laquelle on apprend tout sur l'action entreprise pour permettre au jeune vedette du diaporama, Djam's, de s'en sortir.
Et vous pouvez même y apporter votre contribution!
| Encore un beau cliché de Vali |
Malheureusement, ce n'est pas le cas de milliers d'autres, ici, qui sont abandonnés.
Écoutez un radio de rfi du 29 novembre qui, en rendant hommage à Vali, évoque leur situation:
12.10.12
Paradis amers, suite
Avis aux ultramarins!
"Paradis amers" sera diffusé:
"Paradis amers" sera diffusé:
- samedi 13 octobre à 16h20 sur Réunion 1ère,
- dimanche 14 octobre à 20h sur Mayotte 1ère, Guyane 1ère, Martinique 1ère, Nouvelle-Calédonie 1ère, à 17h30 sur Saint-Pierre et Miquelon 1ère, à 19h48 sur Wallis et Futuna 1ère,
- lundi 15 octobre à 21h30 sur Guadeloupe 1ère.
5.10.12
Paradis amers
Guettez France 2 pour ne pas manquer ce téléfilm "format cinéma" qui y sera bientôt diffusé.
La première partie se déroule à Mayotte avec quelques images choc et une belle prise de conscience de la réalité mahoraise façon cinéma.
Ce film est tiré d'un roman de Mikaël Ollivier paru il y a quelques années et déjà primé:
L’HISTOIRE
Hugo a suivi ses parents en poste pour quatre ans à Mayotte, petit bout de France perdu au coeur de l'océan Indien. Seul élève blanc de sa classe, il a du mal à s'adapter : les bidonvilles, la chaleur, la façon d'appréhender le monde, les relations amoureuses...
Évidemment, c'est notre histoire. Mais le parallèle s'arrête ici car l'intrigue emmènera Hugo dans des situations que Corentin n'a pas connues le temps qu'il est resté avec nous dans l'île.
La seconde partie raconte le retour en métropole et la spectaculaire évolution du héros que nous avons en partie ressentie nous aussi après quelques mois "d'expérience mahoraise".
L'affiche du film, quelques photos et deux extraits pour avoir envie d'en voir plus:
La première partie se déroule à Mayotte avec quelques images choc et une belle prise de conscience de la réalité mahoraise façon cinéma.
Ce film est tiré d'un roman de Mikaël Ollivier paru il y a quelques années et déjà primé:
L’HISTOIRE
Hugo a suivi ses parents en poste pour quatre ans à Mayotte, petit bout de France perdu au coeur de l'océan Indien. Seul élève blanc de sa classe, il a du mal à s'adapter : les bidonvilles, la chaleur, la façon d'appréhender le monde, les relations amoureuses...
Évidemment, c'est notre histoire. Mais le parallèle s'arrête ici car l'intrigue emmènera Hugo dans des situations que Corentin n'a pas connues le temps qu'il est resté avec nous dans l'île.
La seconde partie raconte le retour en métropole et la spectaculaire évolution du héros que nous avons en partie ressentie nous aussi après quelques mois "d'expérience mahoraise".
L'affiche du film, quelques photos et deux extraits pour avoir envie d'en voir plus:
![]() |
| Hugo et Zaïnaba, sa copine mahoraise |
Sélectionné en compétition au festival Fiction TV de La Rochelle 2012, il y a fait ses débuts sur grand écran le 13 septembre 2012 et a été récompensé par le prix du meilleur scénario.
30.8.12
L'université de Mayotte
Mayotte a son université.
On l'appelle le CUFR (Centre Universitaire de Formation et de Recherche).
Il est situé à Dembéni, dans les locaux du seul établissement d'enseignement supérieur existant ici, l'IFM (Institut de Formation des Maîtres), qui a résisté contrairement à ses frères de l'Hexagone.
Cette année, l'université s'est agrandie avec un nouveau bâtiment et plus d'accueil et de formations proposées.
Sont proposées:
- L1 et L2 de DROIT
- L1 et L2 d’AES
- L1 et L2 de lettres modernes
- L1 et L2 de géographie
- L1 MIPS (maths informatique physique système)
- L1 GBE (géosciences biologie écologie)
+ des DU de FLE et de concours administratif,
+ des formations en téléenseignement tutoré grâce aux partenariats avec les facs de Bordeaux, Rouen, Pau et La Réunion.
Pour la recherche, ce sera sûrement le milieu marin et la civilisation afro-musulmane.
La rentrée s'est tellement bien passée que les quotas sont déjà atteints et qu'on délivre maintenant des certificats de saturation pour essayer de s'inscrire par exemple à La Réunion!
Quand on pense que la fac mahoraise a été développée pour garder les étudiants ici...
Mais l'enseignement ici concerne tellement d'élèves grands ou petits qu'il faut bien se rendre à l'évidence: l'effort consenti pour l'éducation existe mais est largement insuffisant pour faire face.
On l'appelle le CUFR (Centre Universitaire de Formation et de Recherche).
Il est situé à Dembéni, dans les locaux du seul établissement d'enseignement supérieur existant ici, l'IFM (Institut de Formation des Maîtres), qui a résisté contrairement à ses frères de l'Hexagone.
Cette année, l'université s'est agrandie avec un nouveau bâtiment et plus d'accueil et de formations proposées.
Sont proposées:
- L1 et L2 de DROIT
- L1 et L2 d’AES
- L1 et L2 de lettres modernes
- L1 et L2 de géographie
- L1 MIPS (maths informatique physique système)
- L1 GBE (géosciences biologie écologie)
+ des DU de FLE et de concours administratif,
+ des formations en téléenseignement tutoré grâce aux partenariats avec les facs de Bordeaux, Rouen, Pau et La Réunion.
Pour la recherche, ce sera sûrement le milieu marin et la civilisation afro-musulmane.
Quand on pense que la fac mahoraise a été développée pour garder les étudiants ici...
Mais l'enseignement ici concerne tellement d'élèves grands ou petits qu'il faut bien se rendre à l'évidence: l'effort consenti pour l'éducation existe mais est largement insuffisant pour faire face.
22.8.12
C'est la rentrée!
En fait plus de 85000 élèves sur une population de 200000 habitants, soit 42,5 % de Mahoraises et Mahorais scolarisés...
Cette statistique donne une idée du chantier que représente l'école à Mayotte. Et une photo de la société du 101ème département.
Le cliché est celle du lycée de Sada, magnifique et presque neuf comme beaucoup d'établissements du second degré ici.
Je ne parle pas volontairement de l'état des écoles primaires, ça gâcherait le paysage.
Je ne parlerai pas non plus des x enfants non scolarisés, donc non comptabilisés.
Je ne commenterai pas la nomination d'un nouveau vice-recteur... ni les fautes d'orthographe de cette capture d'un quotidien en ligne d'ici.
Restons positifs, ça facilitera notre rentrée.
22.6.12
Classe de mer
Non, il ne s'agit pas de ma classe. Mais les enfants sont les mêmes.
Voici un excellent reportage (n'ayons pas peur des mots) de mon collègue (Didier dit le ptit Chauve) de l'école de Tsoundzou sur la classe de découverte de trois jours (mais qui ont dû en paraître 6 vu l'état dans lequel on l'a récupéré!) dans le sud-ouest de l'île.
Mêlant photos et vidéos, ce sont 13 minutes de vérité, de spontanéité, de vie, de joie et un magnifique témoignage de ce que sont les enfants d'ici et du bien que ce court séjour leur a fait.
Désolé pour la pub du début, pas pu faire autrement.
Allez voir sur son blog ici pour avoir un autre point de vue sur Mayotte.
Voici un excellent reportage (n'ayons pas peur des mots) de mon collègue (Didier dit le ptit Chauve) de l'école de Tsoundzou sur la classe de découverte de trois jours (mais qui ont dû en paraître 6 vu l'état dans lequel on l'a récupéré!) dans le sud-ouest de l'île.
Mêlant photos et vidéos, ce sont 13 minutes de vérité, de spontanéité, de vie, de joie et un magnifique témoignage de ce que sont les enfants d'ici et du bien que ce court séjour leur a fait.
Désolé pour la pub du début, pas pu faire autrement.
Vidéo Vidéo Pierre-et-Didier_ob
Allez voir sur son blog ici pour avoir un autre point de vue sur Mayotte.
15.6.12
L'avenir de la mangrove est entre leurs mains
Un travail mené dans mon école pour que la nouvelle génération sauve la mangrove menacée par la destruction et la pollution. C'est un peu long mais très intéressant, et pas que pour mes collègues de métropole.
Paru dans le journal principal de Mayotte:
Un vaste espace à reboiser. En attendant, une sorte de vaste poubelle.
Paru dans le journal principal de Mayotte:
Un vaste espace à reboiser. En attendant, une sorte de vaste poubelle.
31.5.12
"Délit de solidarité" à Mayotte
Suite de l'affaire du non-renouvellement de 2 professeurs déjà évoquée dans À la tête du client.
Pour l'instant, les 2 sanctions sont confirmées. Comme on dit ici:
Mayotte préfère les profs qui fayotent!
Le président du RESFIM (Réseau éducation sans frontières de l'île de Mayotte), Michel Rhin, est amer.
Pour nous, enseignants, comme pour tous ceux qui ont en charge une éducation, cette déclaration résonne comme une alerte face à la montée des intolérances et des extrémismes faciles.
À méditer d'urgence.
Faire don de soi. Partager ses savoirs.
Développer l’esprit critique.
Encourager l’ouverture au monde.
Apprendre à vivre en communauté.
Lutter contre les inégalités et l’injustice.
Pour toutes ces raisons, j’ai choisi un métier : enseignant.
Après quelques années en zone d’éducation prioritaire, j’ai découvert un magnifique territoire français où ces simples mots prenaient toute leur ampleur : Mayotte.
Cette vocation a alors dépassé les limites du simple cadre professionnel. Témoin impuissant de l’injustice et des abus de pouvoir, je n’ai eu d’autre choix que de rejoindre le Réseau d’Éducation Sans Frontières. J’ai défendu corps et âme les valeurs d’une république dont j’étais fier. Liberté, égalité, fraternité. Tout est là.
Doit-on accepter que des mineurs soient arrachés à leurs parents et expulsés d’un territoire où ils ont vu le jour, bafouant toutes les lois, et ne rien faire ?
Peut-on être témoin de rafles nocturnes où les domiciles privés sont violés en toute illégalité et impunité par des forces de l’ordre au nom d’une politique inacceptable et ne rien dire ?
J’ai parlé, j’ai agi, je n’ai pas laissé faire.
Évidemment, même si cela soulageait parfois ma conscience, tout le monde n’a pas apprécié et ceux qui en avaient le pouvoir ont décidé de m’expulser à mon tour, de mon propre pays.
Je me suis tourné vers mes Pères. Certains n’ont pas compris, m’ont soutenu, se sont battus.
Je me suis tourné vers mon ministère, celui qui m’avait formé et enseigné les valeurs de l’école de la république. Il m’a abandonné.
Se ménager.
Partager le minimum.
Développer un esprit obéissant.
Encourager le chacun pour soi.
Apprendre à vivre au gré des gouvernements.
Ne pas lutter.
Et surtout, se taire…
Voilà ce qu’est devenu mon métier.
Michel RHIN.
30.5.12
Écoles: la machine à redoubler!
Votre enfant finit son CM2 avec plus de la moyenne et un avis favorable pour la 6ème mais vous voulez qu'il redouble?
À Mayotte, c'est possible!
Votre enfant ne sait pas lire et termine son CM2 avec 5 de moyenne mais vous désirez tout de même son passage en 6ème?
À Mayotte, c'est possible!
D'où le tollé chez les parents d'élèves et les enseignants de l'île aux parfums!
Cette année, le vice-recteur, désirant sans doute offrir une belle image de ses écoles tant critiquées, a décidé de purger les écoles des vieux élèves, entendez ceux qui ont plus d'un an de retard! Et ici, pour prendre par exemple ceux de ma classe de CM2, seuls 6 sur 29 sont "à l'heure", c'est-à-dire n'ont pas doublé de classe. Les 23 autres ont 1, 2 voire 3 ans de retard. Toutes les écoles sont au même niveau ici.
La question que vous devez vous poser est: Pourquoi? Oui, pourquoi fait-on redoubler tous ces élèves?
Première réponse: ils sont scolarisés à différents niveaux selon leur âge d'arrivée à Mayotte. Clandestins, ils ne sont pas systématiquement scolarisés tout de suite.
Deuxième explication: ils doivent apprendre le français en plus des programmes nationaux à peine adaptés, pour qu'à Paris, l'école mahoraise ne paraisse pas une sous-école; l'image, toujours l'image. Mayotte cas à part? Vous plaisantez!
Troisième raison: les CM2 d'aujourd'hui n'ont pas connu la maternelle, qui n'existe vraiment que depuis 2 ou 3 ans partout.
Quatrième piste de réflexion: il n'y a pas assez de place dans les collèges.
Rajoutez à cela les conditions plus que précaires de leur vie de tous les jours, comme celles de notre enseignement, nous on comprend que leur tâche est bien plus difficile que leurs petits homologues de l'hexagone.
Mais qu'à cela ne tienne, il leur faut les mêmes exigences, qu'ils se débrouillent!
Et bien sûr ils n'atteignent pas la moyenne et redoublent.
Résumons: des élèves seront admis au collège avec des niveaux catastrophiques pour certains (entre 2 et 8 de moyenne, ne sachant parfois même pas lire) alors que d'autres ayant plus de 10 devront redoubler.
Le problème n'est pas nouveau, en 2010, des élèves ayant raté leur bac n'avaient pas retrouvé de place au lycée. C'est à cette date qu'avait été publié ce dessin mais je l'ai modifié (pardon Seb S.) pour la nouvelle actualité.
Car cette année, l'affaire a été ébruitée, alors à suivre...
À Mayotte, c'est possible!
Votre enfant ne sait pas lire et termine son CM2 avec 5 de moyenne mais vous désirez tout de même son passage en 6ème?
À Mayotte, c'est possible!
D'où le tollé chez les parents d'élèves et les enseignants de l'île aux parfums!
Cette année, le vice-recteur, désirant sans doute offrir une belle image de ses écoles tant critiquées, a décidé de purger les écoles des vieux élèves, entendez ceux qui ont plus d'un an de retard! Et ici, pour prendre par exemple ceux de ma classe de CM2, seuls 6 sur 29 sont "à l'heure", c'est-à-dire n'ont pas doublé de classe. Les 23 autres ont 1, 2 voire 3 ans de retard. Toutes les écoles sont au même niveau ici.
La question que vous devez vous poser est: Pourquoi? Oui, pourquoi fait-on redoubler tous ces élèves?
Première réponse: ils sont scolarisés à différents niveaux selon leur âge d'arrivée à Mayotte. Clandestins, ils ne sont pas systématiquement scolarisés tout de suite.
Deuxième explication: ils doivent apprendre le français en plus des programmes nationaux à peine adaptés, pour qu'à Paris, l'école mahoraise ne paraisse pas une sous-école; l'image, toujours l'image. Mayotte cas à part? Vous plaisantez!
Troisième raison: les CM2 d'aujourd'hui n'ont pas connu la maternelle, qui n'existe vraiment que depuis 2 ou 3 ans partout.
Quatrième piste de réflexion: il n'y a pas assez de place dans les collèges.
Rajoutez à cela les conditions plus que précaires de leur vie de tous les jours, comme celles de notre enseignement, nous on comprend que leur tâche est bien plus difficile que leurs petits homologues de l'hexagone.
Mais qu'à cela ne tienne, il leur faut les mêmes exigences, qu'ils se débrouillent!
Et bien sûr ils n'atteignent pas la moyenne et redoublent.
Résumons: des élèves seront admis au collège avec des niveaux catastrophiques pour certains (entre 2 et 8 de moyenne, ne sachant parfois même pas lire) alors que d'autres ayant plus de 10 devront redoubler.
Le problème n'est pas nouveau, en 2010, des élèves ayant raté leur bac n'avaient pas retrouvé de place au lycée. C'est à cette date qu'avait été publié ce dessin mais je l'ai modifié (pardon Seb S.) pour la nouvelle actualité.
Car cette année, l'affaire a été ébruitée, alors à suivre...
9.3.12
À la tête du client
Quand on vient travailler à Mayotte comme enseignant, on signe pour un contrat de 2 ans renouvelable 1 fois.
Renouvelable: derrière cet adjectif pas très beau peuvent se cacher bien des problèmes.
Théoriquement, il suffit de demander et à moins d'être pédophile, ou ce genre de comportement, la demande est satisfaite car l'éducation a un urgent besoin de cet apport de frais métropolitains ou ultramarins "chasseurs de primes" comme on les appelle parfois.
Mais ça, c'est la théorie. Si l'on n'est pas sage, voilà ce qui risque d'arriver.
Cette année, ils sont 17 dans la charrette du non-renouvellement.
Yann Durozad n'est pas qu'un paisible prof d'histoire-géographie au collège de Dembéni. Il est aussi syndicaliste et joue pleinement son rôle face au sous-recteur de Mayotte.
Quand il a demandé son renouvellement, le sous-recteur a refusé. Le militant n'en est pas à son premier opposant et il a donc porté l'affaire, soutenu par la profession, devant le Tribunal administratif.
Autre cas, Michel Rhin, ci-devant prof de maths à Koungou, est aussi président du Réseau Éducation Sans Frontières de Mayotte où il avait déjà travaillé en 2004. Son action le conduit à empêcher le préfet de conduire sa politique migratoire (ou plutôt celle du gouvernement) comme il le souhaite.
Quand il a demandé son renouvellement, lui aussi a été refusé, officiellement par le presque-recteur, mais officieusement par le préfet. Militant au-dessus de tout soupçon, lui aussi a saisi le Tribunal administratif.
INCOMPÉTENTS
Et que croyez-vous qu'il arriva?
Le TA a jugé le vice-recteur et le préfet incompétents pour décider du renouvellement des fonctionnaires de l'Éducation Nationale en séjour à Mayotte.
Ces pratiques d'un autre âge étant invalidées par le TA, il se pourrait que le jugement fasse jurisprudence et s'applique aux 15 autres dans ce cas cette année.
Parmi ceux-là, une collègue que j'ai vue hier et qui, avec d'autres, a eu l'outrecuidance de s'opposer à la proviseure de son lycée du nord qui, d'après elle, a poussé au suicide le proviseur qu'elle remplace depuis peu.
La responsable du service informatique du vice-rectorat est aussi touchée par la vague de non-renouvellement, elle est par ailleurs webmaster de Sud Éducation, tiens tiens!
Chaque cas est différent, mais gênant.
Ceci dit, les affaires ne sont pas terminées: la balle est dans le camp du ministre de l'Éducation Nationale qui devra trancher. Il demandera bien sûr l'avis du vice-recteur... Ce n'est donc pas gagné.
Mais peut-être que le prochain sous-recteur (l'actuel devrait payer ces vagues encombrantes) ne pourra pas faire ce que bon lui semblera à l'avenir.
Il faudra bien que le droit commun s'applique aussi aux élus et aux responsables nommés par l'État, sinon qui montrera l'exemple?
Renouvelable: derrière cet adjectif pas très beau peuvent se cacher bien des problèmes.
Théoriquement, il suffit de demander et à moins d'être pédophile, ou ce genre de comportement, la demande est satisfaite car l'éducation a un urgent besoin de cet apport de frais métropolitains ou ultramarins "chasseurs de primes" comme on les appelle parfois.
Mais ça, c'est la théorie. Si l'on n'est pas sage, voilà ce qui risque d'arriver.
Cette année, ils sont 17 dans la charrette du non-renouvellement.
Yann Durozad n'est pas qu'un paisible prof d'histoire-géographie au collège de Dembéni. Il est aussi syndicaliste et joue pleinement son rôle face au sous-recteur de Mayotte.
| Le co-secrétaire du SNES en plein travail |
Autre cas, Michel Rhin, ci-devant prof de maths à Koungou, est aussi président du Réseau Éducation Sans Frontières de Mayotte où il avait déjà travaillé en 2004. Son action le conduit à empêcher le préfet de conduire sa politique migratoire (ou plutôt celle du gouvernement) comme il le souhaite.
Quand il a demandé son renouvellement, lui aussi a été refusé, officiellement par le presque-recteur, mais officieusement par le préfet. Militant au-dessus de tout soupçon, lui aussi a saisi le Tribunal administratif.
INCOMPÉTENTS
Et que croyez-vous qu'il arriva?
Le TA a jugé le vice-recteur et le préfet incompétents pour décider du renouvellement des fonctionnaires de l'Éducation Nationale en séjour à Mayotte.
Ces pratiques d'un autre âge étant invalidées par le TA, il se pourrait que le jugement fasse jurisprudence et s'applique aux 15 autres dans ce cas cette année.
Parmi ceux-là, une collègue que j'ai vue hier et qui, avec d'autres, a eu l'outrecuidance de s'opposer à la proviseure de son lycée du nord qui, d'après elle, a poussé au suicide le proviseur qu'elle remplace depuis peu.
La responsable du service informatique du vice-rectorat est aussi touchée par la vague de non-renouvellement, elle est par ailleurs webmaster de Sud Éducation, tiens tiens!
Chaque cas est différent, mais gênant.
Ceci dit, les affaires ne sont pas terminées: la balle est dans le camp du ministre de l'Éducation Nationale qui devra trancher. Il demandera bien sûr l'avis du vice-recteur... Ce n'est donc pas gagné.
Mais peut-être que le prochain sous-recteur (l'actuel devrait payer ces vagues encombrantes) ne pourra pas faire ce que bon lui semblera à l'avenir.
Il faudra bien que le droit commun s'applique aussi aux élus et aux responsables nommés par l'État, sinon qui montrera l'exemple?
16.2.12
Dégâts collatéraux
Ne pleure pas petite Laïna.
Ta Maman et ton Papa
ne vous oublient surtout pas
tes frères, tes sœurs et puis toi.
Ils ont déjà vécu ça:
ta maman déjà trois fois
ton papa "seulement" deux fois.
Rien ne les arrêtera.
Lorsque vous n'étiez pas là,
la police n'hésitant pas,
bien sûr ils en ont le droit,
a demandé leurs visas.
Après une "visite" au CRA,
c'est le Maria Galanta
qui les éloigne de toi,
mais dans leur cœur tu es là.
Ils reviendront, tu verras
sûrement en kwassa-kwassa
même s'ils ne te l'avouent pas
pour que tu ne veilles pas.
Alors toi petite Laïna,
un peu dépassée par ça,
comme tant d'autres avant toi,
du courage il te faudra.
Mais tous on t'y aidera.
À demain petite Laïna.
CRA: centre de rétention administrative où sont regroupés les clandestins avant leur expulsion.
Maria Galanta: bateau assurant une ligne régulière entre Anjouan et Mayotte, et où des places sont réservées pour les expulsés.
Ta Maman et ton Papa
ne vous oublient surtout pas
tes frères, tes sœurs et puis toi.
Ils ont déjà vécu ça:
ta maman déjà trois fois
ton papa "seulement" deux fois.
Rien ne les arrêtera.
Lorsque vous n'étiez pas là,
la police n'hésitant pas,
bien sûr ils en ont le droit,
a demandé leurs visas.
Après une "visite" au CRA,
c'est le Maria Galanta
qui les éloigne de toi,
mais dans leur cœur tu es là.
Ils reviendront, tu verras
sûrement en kwassa-kwassa
même s'ils ne te l'avouent pas
pour que tu ne veilles pas.
Alors toi petite Laïna,
un peu dépassée par ça,
comme tant d'autres avant toi,
du courage il te faudra.
Mais tous on t'y aidera.
À demain petite Laïna.
CRA: centre de rétention administrative où sont regroupés les clandestins avant leur expulsion.
Maria Galanta: bateau assurant une ligne régulière entre Anjouan et Mayotte, et où des places sont réservées pour les expulsés.
20.1.12
Tsoundzou 1 vs Passamaïnty (suite3)
Hier matin, au-dessus de chez moi, sur la crête séparant les 2 villages, un jeune de 19 ans a été roué de coups par des jeunes de Tsoundzou 1 avant d'être poignardé à l'abdomen. Il a réussi à descendre à la boulangerie pour appeler à l'aide. Son état est jugé critique.
La tension entre ces jeunes est telle qu'ici tout le monde attend une vengeance, qui pour l'instant ne s'est pas encore produite. Tous essaient de calmer les esprits mais on évite quand même le sujet.
C'est donc un nouvel épisode de cette haine qui est latente et qui éclate au moindre prétexte. Les coups pleuvent à la sortie du collège d'à côté, discrètement bien sûr, et pas question d'alerter la police: "On règle ça nous-mêmes!" Sauf que rien n'est réglé, même par la mise en place d'un transport en bus pour les collégiens afin d'éviter d'emprunter des sentiers coupe-gorges.
La construction du collège de Tsoundzou a bien été décidée mais ce sera pour 2013. En attendant...
Quant à la police, elle patrouille régulièrement, et une voiture a même été attaquée à coup de pierres près de Passamaïnty mardi: vitres explosées, policier blessé aux yeux.
D'une manière générale, les événements d'octobre ont attisé cette délinquance: agression au couteau entre supporters samedi lors de la finale de la Coupe de Mayotte (football), un policier agressé lors d'un contrôle d'identité (qui sont jugés comme de la provocation) pour arrêter des clandestins, dont 4 dans mon école la semaine dernière..
Il sera bien difficile d'apaiser les esprits.
C'est peut-être pour ces raisons qu'on annonce la venue d'un contingent de 120 militaires d'un régiment de Dragons de Fontevraud (Maine-et-Loire), officiellement pour une mission de protection et de sauvegarde pendant 4 mois (!) à compter du mois de mars.
C'est aussi en mars qu'on nous promet une reprise des grèves, l'accord ne portant que jusqu'à cette date.
La tension entre ces jeunes est telle qu'ici tout le monde attend une vengeance, qui pour l'instant ne s'est pas encore produite. Tous essaient de calmer les esprits mais on évite quand même le sujet.
C'est donc un nouvel épisode de cette haine qui est latente et qui éclate au moindre prétexte. Les coups pleuvent à la sortie du collège d'à côté, discrètement bien sûr, et pas question d'alerter la police: "On règle ça nous-mêmes!" Sauf que rien n'est réglé, même par la mise en place d'un transport en bus pour les collégiens afin d'éviter d'emprunter des sentiers coupe-gorges.
La construction du collège de Tsoundzou a bien été décidée mais ce sera pour 2013. En attendant...
Quant à la police, elle patrouille régulièrement, et une voiture a même été attaquée à coup de pierres près de Passamaïnty mardi: vitres explosées, policier blessé aux yeux.
D'une manière générale, les événements d'octobre ont attisé cette délinquance: agression au couteau entre supporters samedi lors de la finale de la Coupe de Mayotte (football), un policier agressé lors d'un contrôle d'identité (qui sont jugés comme de la provocation) pour arrêter des clandestins, dont 4 dans mon école la semaine dernière..
Il sera bien difficile d'apaiser les esprits.
C'est peut-être pour ces raisons qu'on annonce la venue d'un contingent de 120 militaires d'un régiment de Dragons de Fontevraud (Maine-et-Loire), officiellement pour une mission de protection et de sauvegarde pendant 4 mois (!) à compter du mois de mars.
C'est aussi en mars qu'on nous promet une reprise des grèves, l'accord ne portant que jusqu'à cette date.
20.10.11
Tsoundzou 1 vs Passamaïnty (suite 2)
ou : "Le collège-Bambou"
Les affrontements sont terminés entre les collégiens des 2 villages et pour cause: ceux de Tsoundzou ne sont pas rentrés!
Voilà où les querelles entre villages peuvent mener. Ne se sentant pas en sécurité à Passamaïnty, cela fait 3 semaines (2 avant les vacances) qu'ils sont 500 environ à être purement et simplement dé-scolarisés.
Pour répondre au commentaire de Laura, il existe entre tous les villages voisins de l'île des "histoires" anciennes, dont personne ne sait lesquelles exactement ni qui a commencé, mais elles peuvent se révéler violentes, voire haineuses au moindre incident. En milieu urbain, elles se mélangent aux bandes organisées, entre quartiers. En brousse, il faut un point de rencontre entre 2 villages pour qu'elles éclatent. Dans les deux cas, il y a bien sûr des meneurs qui "organisent" tout ça.
Le fait que les 2 villages soient regroupés dans le collège d'un seul n'y est sans doute pas étranger, les "Passamaïnty" étant chez eux.
Dans "histoires de bambous", je disais que les parents de Tsoundzou avaient décidé de construire leur collège.
Ils ont joint le geste à la parole et voilà le chantier:
Lundi, une rentrée symbolique a eu lieu pour dénombrer les collégiens potentiels mais surtout pour accentuer la pression sur les élus de Mamoudzou pour envisager rapidement une vraie solution, car il est évident que celle-ci n'est pas réalisable.
Hier, en réponse, il était d'ailleurs prévu que les collégiens soient transportés accompagnés par les gendarmes pour enfin effectuer leur rentrée. Mais les événements en ont décidé autrement.
Des collégiens de Tsoundzou m'ont confié qu'ils ne prendraient jamais le bus.
Les affrontements sont terminés entre les collégiens des 2 villages et pour cause: ceux de Tsoundzou ne sont pas rentrés!
Voilà où les querelles entre villages peuvent mener. Ne se sentant pas en sécurité à Passamaïnty, cela fait 3 semaines (2 avant les vacances) qu'ils sont 500 environ à être purement et simplement dé-scolarisés.
Pour répondre au commentaire de Laura, il existe entre tous les villages voisins de l'île des "histoires" anciennes, dont personne ne sait lesquelles exactement ni qui a commencé, mais elles peuvent se révéler violentes, voire haineuses au moindre incident. En milieu urbain, elles se mélangent aux bandes organisées, entre quartiers. En brousse, il faut un point de rencontre entre 2 villages pour qu'elles éclatent. Dans les deux cas, il y a bien sûr des meneurs qui "organisent" tout ça.
Le fait que les 2 villages soient regroupés dans le collège d'un seul n'y est sans doute pas étranger, les "Passamaïnty" étant chez eux.
Dans "histoires de bambous", je disais que les parents de Tsoundzou avaient décidé de construire leur collège.
Ils ont joint le geste à la parole et voilà le chantier:
Lundi, une rentrée symbolique a eu lieu pour dénombrer les collégiens potentiels mais surtout pour accentuer la pression sur les élus de Mamoudzou pour envisager rapidement une vraie solution, car il est évident que celle-ci n'est pas réalisable.
Hier, en réponse, il était d'ailleurs prévu que les collégiens soient transportés accompagnés par les gendarmes pour enfin effectuer leur rentrée. Mais les événements en ont décidé autrement.
Des collégiens de Tsoundzou m'ont confié qu'ils ne prendraient jamais le bus.
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