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12.4.14

Zaïna Meresse

J'en parlais dans Zakia Madi la chatouilleuse
Elle était une des figures mahoraises, une non-violente, qui a choisi comme d'autres la chatouille comme arme, une référence, une de celle qui fonde un peuple, qui restera dans les livres d'histoire pour avoir contribué à la naissance de Mayotte française, telle qu'elle est aujourd'hui. Et comme l'histoire de Mayotte est jeune, elle a des personnages historiques encore vivants.
C'était le cas de Zaïna Meresse Boinali, elle s'est éteinte aujourd'hui.
La culture musulmane veut que les morts soient vite mis en terre, ce qui a été le cas quelques heures après son décès.
Bien sûr, il y a eu beaucoup de monde, d'improvisation aussi, mais outre l'importance du personnage, c'est plus la cérémonie que je veux mettre en avant ici, grâce au travail de la meilleure journaliste de Mayotte (d'après moi).
Elle se nomme Anne Perzo-Lafond et voici ce qu'elle écrit dans Le Journal de Mayotte d'aujourd'hui:

«C’est une personnalité que peut s’approprier toute la population mahoraise qui est enterrée aujourd’hui», indiquait un homme qui sortait de la mosquée de Pamandzi.
C’est ce qui explique la présence de tous, ancien « serrez- la-main » ou « sorodas », ils étaient venus nombreux accompagner une des leaders « chatouilleuses » Zaïna Meresse à sa dernière demeure. «Elle aurait mérité plus encore», commente un religieux, mais l’enterrement décidé le jour même du décès à précipité les choses, et certains découvraient encore ce soir l’annonce de sa disparition.
Après les préparatifs du corps, les ablutions et le placement dans un linceul, l’assemblée se retrouvaient à la mosquée pour la prière des morts, puis au cimetière de Pamandzi. Les religieux rappellent au mort ce qui l’attend, « c’est surtout à notre intention » glisse un homme. Dans le cimetière, les femmes ne sont habituellement pas présentes, « on craint que leurs pleurs et leurs cris ne perturbent le recueillement », mais elles sont parfois tolérées.
Une fois le corps enterré, de l’eau est versée sur la terre, « pour réveiller le mort car un ange gardien va lui demander des comptes sur sa vie passée. On lui demande ‘qu’as-tu fait de ton intelligence ?’ »… qui rappelle la parabole des Talents du Nouveau Testament. « On se rend compte tous les jours que les religions monothéistes ont beaucoup de choses en commun » glisse notre voisin. L’échange s’arrêtera là, l’heure est à la prière.
Avant de partir, chacun dépose un  peu de terre et recouvre la tombe de feuillage, « pour garder sa fraîcheur à la terre ».
De nouvelles prières seront célébrées les 3ème et 9ème jour, avant la levée du deuil le 40ème jour.
A.P-L.


Cette semaine a aussi été celle de la disparition de Dominique Baudis qui est venu à Mayotte en novembre 2012 et les médias locaux n'ont pas manqué de lui rendre hommage cette semaine car il a préconisé des mesures d'aide aux mineurs étrangers de Mayotte en soulignant la situation alarmante des jeunes mahorais. Un "avocat, un fervent défenseur des droits", qui prédisait le pire pour Mayotte si les jeunes d'aujourd'hui ne sont pas pris en charge. Ce qui paraît évident pour ceux qui vivent ici, mais à Paris...

20.2.14

Le droit pas si commun

La question est toujours d'actualité ici, où des lois "spécial Mayotte" sont en vigueur au moins en matière d'immigration qui cause toujours la mort (7 morts la semaine dernière) des candidats à une vie meilleure en entrant désormais en Europe.
L'hebdomadaire Charlie Hebdo pose aussi la question à la fin de cet article, et l'avenir ne changera pas les choses puisque l'exception mahoraise perdurera alors que la loi évolue dans le reste du pays.
L'exemple décrit ici est malheureusement courant, les élèves confiés à "de la famille" nous le rappellent inexorablement dans nos établissements scolaires, quand ils ne sont pas tout simplement livrés à eux-mêmes et donc condamnés au vol et à la violence.

De Charybde en Sylla, enfant comorien de 14 ans expulsé en toute illégalité de Mayotte      19 Feb 2014

En provenance des Comores, la mère du jeune Sylla* débarque à Mayotte en 2011 avec ses six enfants et dépose une demande d’asile qui lui est accordée. La famille, bénéficiant du statut de réfugié de la mère, s’installe doucement dans sa nouvelle vie.
Mais, dans la nuit du 23 au 24 janvier, Sylla est arrêté par la police. Il a 14 ans, est donc mineur, réside avec sa famille en toute légalité sur l’île, cela ne gêne cependant en rien la police aux frontières (PAF) et la préfecture, qui affirment, sans la moindre preuve ni enquête, que le gamin est majeur et ne bénéficie pas de la protection accordée à sa mère. Décision prise en mouillant le petit doigt, alors que sa mère produit les documents prouvant largement la minorité de son fils… Sylla n’a même pas droit à ces tests osseux tellement décriés et si peu fiables, avec leur marge d’erreur d’au moins dix-huit mois, mais qui auraient été dans l’impossibilité de transformer un môme de 14 ans en un tout jeune homme de 18 ans. Sylla le faux majeur part en rétention avant d’être expulsé, de manière tout à fait illégale, dès le lendemain, 25 janvier, vers l’île que sa famille a fuie. Il y est seul, isolé et en danger. L’intérêt supérieur de l’enfant, le droit au respect de la vie familiale, le droit d’asile même ? Le préfet et la PAF s’en tapent, comme ils savent si bien le faire à Mayotte, ce département français où l’on s’exonère du droit commun, où les Sylla expulsés sont légion.
La mère de Sylla n’en reste pas là. Voulant récupérer son fils, le 28 janvier, elle assigne en référé le préfet de Mayotte devant le tribunal administratif (TA) pour obtenir le retour de l’enfant sous quinze jours. Mais si le TA reconnaît l’illégalité de l’expulsion et les atteintes aux droits fondamentaux du garçon, il se contente de contraindre le préfet à… demander au consulat de France aux Comores d’accorder « dès que possible » une autorisation de retour à Sylla ! Curieuse justice mahoraise, qui laisse au préfet le bénéfice d’un temps dont il a la seule maîtrise alors qu’un enfant est en danger et à un consulat la possibilité de délivrer une autorisation de retour à un enfant qui n’aurait jamais dû quitter Mayotte ! Étrange mélange des genres, entre administration policière et justice… En métropole, une telle décision serait impensable. Les décisions des tribunaux administratifs, lorsqu’ils se prononcent en faveur d’un expulsé, contraignent les préfets à organiser son retour sans délai. 
La mère de Sylla, soutenue par la Cimade et le Gisti, continue son combat pour retrouver son fils : elle fait appel de la décision du TA devant le Conseil d’État, afin que l’enfant puisse rentrer « dans les plus brefs délais ».
L’histoire de Sylla est hélas représentative de ce que vivent les migrants à Mayotte, département français depuis le 1er avril 2011 et où devrait s’appliquer le principe d’identité législative. Seulement, ici, on vit, notamment en ce qui concerne le droit des étrangers, sous le principe de dérogations pour s’adapter… aux « spécificités » de l’île. Plus encore, depuis le 1er janvier dernier, Mayotte est devenue une région ultrapériphérique de l’Union européenne et, à ce titre, doit appliquer de manière pleine et entière la législation européenne, la Commission européenne n’ayant accordé aucune dérogation à la transposition des directives relatives à l’immigration et à l’asile. Pourtant, cela ne semble poser aucun problème au représentant de l’État sur l’île de s’en abstraire.
Et ce n’est certes pas ce que prépare Manuel Valls pour mettre l’« île aux parfums » en conformité avec la loi de l’UE qui va changer les choses ! En effet, si le Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (Ceseda) s’appliquera prochainement à Mayotte, le ministre de l’Intérieur y fera figurer par ordonnance des mesures dérogatoires. Si elles sont adoptées, celles-ci s’abstrairont une nouvelle fois du droit commun, mais surtout continueront à violer les droits fondamentaux des migrants et à les priver des quelques droits dont ils bénéficient en métropole. Qu’on en juge plutôt : absence de recours suspensif lors d’une décision d’expulsion, absence du bénéfice du délai d’un jour franc en cas de refus d’entrée, titre de séjour valable uniquement à Mayotte et non en métropole, délivrance d’une carte de séjour temporaire à un jeune arrivé sur l’île à 13 ans ou avant, expulsable sous réserve qu’il vive avec un parent régularisé, délivrance d’une carte de résident au parent d’un enfant français ou au conjoint d’un ressortissant français au bout de trois ans, sous réserve de son intention de s’établir durablement en France, notamment au regard de son activité professionnelle s’il ou elle en a une et de ses moyens d’existence, aide au retour en cas d’obligation de quitter le territoire réservée aux personnes accompagnées d’un ou de plusieurs enfants, etc. 
Cerise sur le gâteau, ces dérogations concernent le plus souvent les mineurs et les jeunes majeurs. En ce qui concerne le droit au séjour, c’est en effet un objectif affirmé par le rapport remis au président de la République : elles « découlent de la volonté de ne pas accroître l’attractivité de Mayotte pour les candidats à l’immigration irrégulière, notamment pour les parents qui envoient leurs enfants à Mayotte, où ils vivent dans des conditions extrêmement précaires : en effet, le conseil général n’a pas les moyens de financer un dispositif d’aide sociale à l’enfance (ASE) suffisant. » Et l’aide au retour de personnes accompagnées de leurs enfants est « destinée à favoriser le retour des mineurs vivant à Mayotte en situation de grande précarité ». 
Autant de mesures en violation des droits fondamentaux des enfants mineurs et de la protection dont ils sont censés bénéficier. Il y aura donc dans les mois et les années à venir de plus en plus de Sylla qui effectueront malgré eux le voyage vers les Comores. Et de moins en moins de mineurs qui bénéficieront à Mayotte de l’ASE. Mayotte, département bananier d’une République en perte de valeurs ? 

* Prénom d’emprunt.
Article paru dans Charlie Hebdo n°1130 du 12 février 2014

15.1.14

Mawlid sombre et pluvieux

Hier, c'était jour férié en raison de la fête de la naissance du prophète Mahomet ou Muhammad selon les sources, bref le Maoulida ou Mawlid. En quelque sorte le Noël des musulmans.
Mais cette année, la soirée s'est déroulée dans le noir pour toute la population. Comme le 30 octobre dernier, les installations électriques mahoraises ont montré leurs limites, à moins que ce ne soit la maintenance de ces installations. Un disjoncteur a "explosé" et les 2 centrales étant inter-connectées, toute l'île a encore une fois connu le blackout!
Et pas question de réjouissances dehors car la saison humide est bien installée avec une importante perturbation tropicale, donc imprévisible est en train d'envahir le canal du Mozambique. Des vents soutenus et des pluies fréquentes qui finissent de creuser des cratères dans les routes, et une prochaine masse nuageuse promise pour la fin de la semaine plombent un peu le moral de cette rentrée.
Si on y ajoute l'affaire de la tête de cochon et les impôts divers qui commencent avec 2014, l'ambiance est un peu morose.
Et ce n'est pas le cinéma qui vient enfin d'ouvrir ses portes, mais pour deux mois garantis seulement, qui va réjouir l'ensemble des Mahorais.
On annonce la visite de Valls pour bientôt, qui sera sans doute bien accueilli car il a poursuivi la politique des reconduites à la frontière des clandestins en 2013, encore près de 16000!
Des sourires quand même, avec des étudiants allemands qui viennent développer le tourisme à Mayotte.
Ce sera une vaste tâche car le dernier touriste allemand qui a fait parler de lui ici est reparti avec une fracture du bassin et dépouillé dans les rues de Mamoudzou.

17.10.13

Deux poids, deux mesures

Et deux actualités qui montrent que Mayotte n'intéresse toujours pas la communauté nationale, européenne voire internationale.

Tout d'abord, comme je l'ai lu il y a quelques jours,
"Mayotte-Lampedusa: même combat"
Traduisez: les réfugiés qui périssent en Méditerranée ont-ils plus de valeur que ceux qui disparaissent dans le canal du Mozambique?
Le traitement de l'information mais aussi de ce drame au niveau politique et humanitaire a affolé médias et dirigeants et des mesures vont être prises. C'est bien, trop tard pour les victimes mais c'est bien, au moins pour nos consciences.

Aujourd'hui, une collégienne a été expulsée dans son pays d'origine et toute la communauté nationale crie "au scandale", des têtes vont peut-être tomber et gageons que Léonarda reviendra dans sa classe sous les projecteurs.
Ici, chaque jour, des enfants, la plupart du temps élèves, connaissent le même sort que la jeune kosovare et personne ne s'en émeut.
Sauf certains empêcheurs d'expulser en rond:


Photos de Wongo
Et il y a longtemps que ça dure!
Et c'est en France!
Alors? Bien sûr le problème est complexe, bien sûr Mayotte ne peut pas accueillir toute la misère du monde des Comores, mais nos consciences peuvent-elles fermer les yeux sur des centaines et s'émouvoir pour un seul?
Il est vrai que la France continue d'appliquer des lois "spécial Mayotte" et considère donc de fait que la République Française n'est pas si "une et indivisible" que le dit sa constitution.
Et les élus mahorais s'en accommodent très bien car ils ne disent rien. On peut même dire qu'ils ne sont pas mécontents de voir ces clandestins repartir à Anjouan car ils ne sont pas Mahorais, par Allah! Comoriens comme eux, mais pas Mahorais!
Le ministre Lurel sera en visite à Mayotte le weekend prochain. A-t-il un avis sur la question, vient-il avec des solutions autres que littéraires? On parie?

15.10.13

Les enfants perdus de Mayotte

Samedi 19 octobre à 14 h 15, sur Public-Sénat, plongez au cœur de la détresse de ces enfants qui ont perdus momentanément ou définitivement leurs parents, le plus souvent leur mère.
Quand les kwassa-kwassas ne font pas naufrage, c'est la police qui arrête les mères et celles-ci nient avoir des enfants pour les laisser seuls mais non-expulsables sur le territoire français, en espérant trouver encore 300 € pour retenter une traversée, et sans repayer les 90 € par enfant. Ils sont parfois recueillis par la famille ou par d'autres femmes qui essaient de les nourrir.
Combien sont-ils? 4000? 5000?
Des associations s'en occupent, surtout "Tama", qui signifie espoir, mais les moyens manquent. Des accusations sont lancées à juste titre, notamment les fameux 3% du budget du Conseil Général, dérisoires, pour les jeunes à Mayotte.
Une situation dramatique et indigne,qui n'a pas encore trouvé de solution, comme le conclut le documentaire.
L'assistante sociale d'un collège pointe le sentiment d'impuissance que subissent tous ceux qui de près ou de loin ont en charge ces enfants, victimes innocentes de la misère qui pousse les Comoriens à quitter leur pays qui ne s'en sort pas.
Le documentaire ne montre pas la lente dérive de ces jeunes vers la délinquance de plus en plus violente à mesure qu'elle s'organise.
Des sourires ... innocents

24.3.13

Paradis amers, le film

Quelqu'un a eu la bonne idée de mettre ce film sur YouTube alors le voilà, comme France Télévisions n'a pas l'air pressé de le diffuser aux métropolitains.
Il dure 1h30 et la présentation est ici: Paradis amers

Double-clic pour le plein écran.

11.3.13

Bonnet d'âne

"L'affaire" de Mzouazia (voir ici) vaut à Mayotte une publicité dont elle devrait bien se passer.
La Ligue des Droits de l'Homme rappelle à l'ordre et surtout à la loi les "justiciers" Mahorais et, plus grave, les autorités publiques de l'État et de l'île.


"vendetta", "expédition punitive", "délation": pas très joli tout ça...
La Ligue de l'Enseignement a elle aussi réagi en refusant que les enfants soient "des boucs-émissaires", eux qui sont "les premières victimes de l'incurie des adultes". Elle rappelle le droit fondamental à l'éducation pour tous.
Faire de belles phrases interminables en empruntant des mots très compliqués est une chose, mais mettre en œuvre les principes et les idées fondatrices de la République Française en est une autre.
Mahorais, Mahoraises, il va falloir vous discipliner et vous élever au niveau des valeurs de cette République que vous avez plébiscitée, sinon vous serez privés de récré!

19.2.13

Les nuisibles

Insupportable
Glauque
Révoltant
Nauséeux

"Ce matin, une cinquantaine de villageois de Mzouazia a interdit l'entrée des écoles maternelles et primaires de la commune, aux enfants supposément nés de parents anjouanais et ils ont expulsé par eux-mêmes ceux qui étaient déjà en classe."

Juste une dépêche de trois lignes, relayée par un reportage filmé au journal du soir, où l'on apprend en plus que ces "justiciers" sont allés aux domiciles d'autres personnes en situation irrégulière pour les persuader de quitter la commune au plus vite, disons demain!
Le ton du reportage était à peine surpris par ce "fait divers".

Une chronique de la haine ordinaire, en quelque sorte...

On y a même vu le soi-disant premier magistrat de la commune "purificatrice" soutenir sans rire ce qui tomberait en métropole sous le coup d'un dépôt de plainte immédiat pour xénophobie avec voies de fait.
Comme prétexte invoqué, ces mauvais même-pas-citoyens sont responsables de toute l'insécurité qui règne dans la commune. Et ils ont l'air d'y croire.
Pauvre Mayotte!

Pendant ce temps, dans le chef-lieu, le maire, peut-être soutenu par son conseil, a donc décidé de mettre quelque 9000 élèves dans la rue pendant 3 jours pleins en fermant d'autorité 22 écoles de Mamoudzou qui ne respectent pas les normes d'hygiène et de sécurité dont il est lui-même garant et responsable.(voir ici)
Comme prétexte invoqué, l'état ne lui donne pas assez d'argent.
Dans quelques semaines, on risque d'apprendre que l'argent était bien là mais qu'il a été engouffré dans des opérations douteuses, si ce n'est de l'enrichissement personnel. Les présomptions de ce genre sont courantes et parfois avérées ici.
Pauvre Mayotte!

Dans les 2 cas, ce sont les enfants les victimes. Mais les enfants, ici, est-ce vraiment important?

L'air était déjà étouffant ces derniers temps, il risque de devenir irrespirable.

7.2.13

Koulthouyoune et son bébé: à toi, à moi, à toi ...

Encore un triste exemple du traitement des sans-papiers à Mayotte.
Cette fois, c'est CHARLIE HEBDO qui s'y colle avec son "expulsé de la semaine".

Koulthouyoune enceinte : Mayotte et les Comores se refilent le bébé ! 

Koulthouyoune Combo est née à Mayotte le 29 décembre 1992, de parents comoriens sans papiers, installés sur l’île depuis plus de vingt ans.
 Le 10 janvier, alors qu’elle se rend au centre médical de Passamainty pour le suivi de sa grossesse, elle subit un contrôle d’identité et part immédiatement en rétention, au centre de Pamandzi.
 Le 12, elle est expulsée sans rien d’autre qu’un carnet de santé prouvant sa grossesse et sa propre déclaration de naissance vers Anjouan … où elle n’a jamais mis les pieds et ne connaît personne.
 Le 13 janvier, les autorités comoriennes, fortes d’un accord franco-comorien de mars 2011 déterminant les limites des expulsions de leurs ressortissants, décident de la renvoyer à ses expéditeurs, à Mayotte. Elle embarque sur le bateau qui lui a fait faire la traversée en sens inverse la veille, avec une note du commissaire comorien Youssef Ahmed Ali, justifiant son refoulement et rappelant à la France les limites des expulsions qu’elle a elle-même entérinées: «Non-séparation des familles, non-refoulement des personnes malades ou enfants scolarisés et la possibilité offerte aux personnes refoulées de récupérer leurs biens et effets personnels.» Koulthouyoune relève bien des premier et troisième items, et même du deuxième si l’on considère la fragilité inhérente à l’état de grossesse. 
Mais la police aux frontières mahoraise ne l’entend pas ainsi, et la préfecture décide de s’asseoir sur les accords franco-comoriens: à peine a-t-elle posé le pied sur le port de Dzaoudzi, à Mayotte, qu’elle est à nouveau interpellée et placée en zone d’attente… puis se retrouve à nouveau embarquée pour une autre traversée vers Anjouan. Elle est enceinte, enfermée et ballottée entre les deux pays, mais cela ne gêne pas outre mesure les autorités des deux côtés du bras de mer qui sépare Mayotte de la «Grande Île»…
 Le 15 janvier, les Comores renvoient la malheureuse Koulthouyoune, toujours munie de la même note, vers la France, qui s’empresse de retourner cet encombrant ballot à Anjouan, au mépris des conventions signées et de la plus élémentaire humanité! De guerre lasse, les Comores décident de garder Koulthouyoune… sans ressources, sans famille, sans soutien.
 
En l’espace d’une semaine, la jeune femme et son futur enfant auront subi trois expulsions, trois refoulements, six voyages en bateau et connu les conditions de vie infâmes du centre de rétention de Padmanzi et de la zone d’attente du port de Mutsamudu.
«Fermeté et humanité», martèle Valls… Fermeté, assurément. Acharnement, c’est certain. Quant à l’humanité… pas plus sous le soleil ultramarin qu’en métropole!
RESF

23.1.13

La République en échec

Pour ceux qui ne l'ont pas vu mardi soir, on a parlé de Mayotte sur France 2, en plein JT.
"La République en échec" vous embarque avec la police aux frontières qui arraisonnent un kwassa-kwassa. La suite, vous la connaissez si vous suivez régulièrement ce blog.
Alors fallait-il en reparler encore une fois ici?
Pour éclairer les consciences, oui. Il y a trois ans, personne n'en parlait. Aujourd'hui, on en montre la dure réalité entre la purée et le fromage des foyers métropolitains.
Les faits sont justes (300 € x 20 = 6000 € pour le passeur!), le sourire gêné du vice-président devant son service sur-équipé au Conseil Général laisse rêveur.


Pourtant, Valérie Trierweiler s'est émue de la situation des enfants en errance dans le département puisqu'elle a décidé que ce serait son action prioritaire du moment.
En avril, lors de la venue du futur Président, elle avait été informée de leur situation par certains collègues enseignants. Elle avait dit alors:
« Il y a tant de choses à faire en France et ailleurs. A Mayotte, une dizaine d’instituteurs, des profs, des sages-femmes sont venus me parler de la situation apocalyptique des quelques 6 000 enfants livrés à eux-mêmes. Je me suis dit, je reviendrai, soit comme journaliste pour faire un reportage, soit comme première dame pour les aider  »
Ce sera comme première dame.
En attendant sa venue, elle a reçu D. Baudis et un sénateur Mahorais lundi à l'Elysée pour faire avancer les choses.
Si Valou s'en mêle, ça va bouger!

28.12.12

"Le Monde" s'intéresse à Mayotte

Entre 2 réveillons, voilà de la lecture que certains trouveront indigeste par la gravité des sujets abordés et par la richesse des contenus.
Mais voilà, l'actualité n'attend pas et c'est le moment qu'a choisi le quotidien "Le Monde" pour publier quatre articles sur Mayotte. Et évidemment pas pour évoquer un nième Noël sous les tropiques.
De plus, il se trouve que celle qui a écrit ces articles, Élise Vincent, a réussi à capter la réalité de cette île, et ce n'est pas toujours le cas (voir 'France Info fait du faux' un peu plus bas).
Alors, comme ces articles ne sont plus en libre accès, je les ai capturés pour que le travail remarquable de cette journaliste soit relayé.
                
               
              
               
                
                









18.12.12

Les clandestins sont prévenus

Ambiance malsaine hier à Mamoudzou: une manifestation que n'aurait pas reniée le Front National en métropole, avec pour principal slogan "Immigration=insécurité".
Organisée par certains Mahorais, dont l'ancien président du Conseil Général tout de même, c'est clair: pour eux, les responsables de tous les maux de la société mahoraise, ce sont les clandestins de l'île voisine des Comores, Anjouan!
Les cambriolages, c'est eux!
Les agressions, c'est eux!
La pénurie de médecins, c'est eux!...
La saison des pluies, c'est eux! Pourquoi pas?
Ces bons Mahorais oublient qu'ils les font travailler pour 150 euros par mois comme bonne à tout faire, ou pour bâtir leur maison.
Et comme pour en rajouter un peu plus, les manifestants ont eu l'occasion de dire leur colère aux intéressés eux-mêmes: un kwassa-kwassa a été intercepté à 7 heures avec à son bord des clandestins valides et trois malades qui ont dû être évacués vers l'hôpital de Mamoudzou.... non sans passer au port de Mamoudzou, devant les manifestants. Mauvaise place au mauvais moment!
Comme d'autre part, le ministre des Outre-mer recevait le préfet de Mayotte, le président du Conseil général, et les parlementaires de l’île aux parfums, pour une réunion de travail sur la problématique de l’immigration clandestine, leur sort allait être réglé.
"Le visa Balladur, (qui abolit la libre circulation entre Mayotte et le reste des Comores) ne sera pas abrogé, il n’en a d’ailleurs jamais été question. En revanche, il est préconisé de l’assouplir pour les personnes dont on sait de manière certaine qu'elles rentreront chez elles aux Comores", a précisé un sénateur mahorais à la sortie. C'est clair.
Ceux qui avaient cru apercevoir un assouplissement de la répression, une prise en compte humanitaire du problème, un ralentissement des reconduites (17000 pour les onze derniers mois contre plus de 27000 l'an passé) se sont trompés. Ou ont mal compris.
"Une politique de lutte contre l’immigration clandestine de grande ampleur sera déployée sur le terrain avec une augmentation des effectifs et autres moyens techniques pour contrôler le flux de clandestins sur zone" a-t-il été décidé hier. 
Cela ressemble à une reprise en main musclée de la situation par un gouvernement dont les annonces et autres promesses ne sont décidément pas suivies d'effet.
Ce retour en arrière n'a pas échappé aux manifestants d'hier, et on peut craindre une reprise de la chasse dans les semaines qui viennent. Et d'autres naufrages...
ÇA ... continuera  (©AFP)
Eh oui, à Mayotte, Noël n'est décidément pas ce moment de partage que certains croient voir.

5.12.12

Vali, la suite

Elle a de la suite dans les idées, Vali!
Elle n'est pas seulement l'auteure du diaporama posté quelques messages plus bas (Dis-leur, de Vali).
Elle est à l'origine d'un projet que vous pourrez voir sur le site que je vous conseille vivement de visiter ici tellement la page est bien faite, et sur laquelle on apprend tout sur l'action entreprise pour permettre au jeune vedette du diaporama, Djam's, de s'en sortir.
Et vous pouvez même y apporter votre contribution!
Encore un beau cliché de Vali
Il a de la chance, celui-là, d'être tombé sur Vali! Mais il la mérite selon elle.
Malheureusement, ce n'est pas le cas de milliers d'autres, ici, qui sont abandonnés.
Écoutez un radio de rfi du 29 novembre qui, en rendant hommage à Vali, évoque leur situation:


Les mineurs isolés à Mayotte
(02:31)


C'est que le challenge est vital pour l'île: tous les organismes sociaux concernés, le Préfet, la télé locale, tous alarment en ce moment les Mahorais sur la situation catastrophique de ces jeunes incontrôlés qui en sont rendus à un niveau de délinquance critique.
Critique pour eux mais aussi pour nous tous, victimes d'agressions quotidiennes, de cambriolages incessants, qui rendent compliquée la vie de tous les jours, même si on s'y habitue et finalement on vit avec.
Nous, dans les établissements scolaires, on fait ce que l'on peut, mais on ne touche pas cette population qui bascule vite dans l'enfer, comme le dit Djam's.

23.11.12

Dis-leur, de Vali

En ce moment, c'est le festival de la CIMADE à travers la métropole et quelques outremers.
Entre autres œuvres proposées, 2 évoquent Mayotte:
- Mayotte, mais où va la république?
- Le diaporama "Dis-leur", de Vali.
Regardez-le, no comment.


Depuis hier, le défenseur des Droits, Dominique Baudis, est présent à Mayotte pour observer la situation des clandestins (mais pas que pour ça) juste après la publication d'un rapport accablant de l'Assfam, Forum réfugiés, France terre d'asile, la Cimade et Ordre de Malte sur la rétention administrative en France en 2011.
À Mayotte, le rapport insiste sur les 5389 enfants enfermés derrière les barreaux en toute illégalité (312 en métropole) sur les 21762 en tout.
Un rapport de plus, une condamnation de plus, le rapport Baudis attendu début 2013: on va bien y arriver un jour, à faire en sorte que la France traite légalement au moins ces enfants qui n'y sont pour rien.
L'AMOUR D'UNE MÈRE, ÇA COÛTE CHER! dit Djam's à la fin de ce magnifique diaporama.

11.10.12

Lagon maudit

En rapport avec la fin du message "Paradis amers"



Ce strip date de février mais est toujours d'actualité et le restera tant qu'il y aura des naufrages. 6 morts et 10 disparus pour le dernier.

27.9.12

Les Routes du Crime: Mayotte

Paru dans le Nouvel Obs, annonçant une émission ce soir: “Investigations” à 20h45 sur France Ô.

En préférant l’indépendance, les Comoriens croyaient avoir fait le bon choix. C’était en 1974. Comme ils le regrettent depuis ! Par dizaines de milliers ils entrent aujourd’hui clandestinement sur l’île voisine de Mayotte, dont les habitants ont, eux, voté pour leur maintien au sein de la République française. Considérée autrefois comme l’île la plus arriérée de l’archipel des Comores, Mayotte est devenue un eldorado. En 2011, elle obtient le statut de département d’outre-mer (DOM) à égalité avec La Réunion, la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane. Ses habitants ont droit aux avantages qu’offre l’État français à ses ressortissants, tels la Sécurité sociale et l’indemnisation du chômage.
Entre-temps, les Comores ont dégringolé à la 134e place des pays les plus pauvres. Le salaire de base est huit fois plus bas qu’à Mayotte. Du coup, ce petit bout de France de 200 000 habitants attire entre 60 000 et 100 000 immigrés comoriens chaque année. Un véritable casse-tête pour les autorités policières qui passent leur temps à renvoyer chez eux des hommes, des femmes et des enfants, qui reviennent dès que la somme nécessaire à leur voyage a pu être réunie. Résultat : une personne sur cinq vit, ici, sous le seuil de pauvreté et le taux de chômage frôle les 27 %, deux fois plus qu’en métropole.
La mort, en mer, de 6 personnes le 8 septembre dernier, près de Mayotte, à la suite d’un naufrage qui a fait 27 disparus, illustre cruellement les risques que prennent les Comoriens pour espérer une vie meilleure. Des trois îles de l’Union des Comores, Anjouan, à 70 kilomètres, est la plus proche de Mayotte. Chaque nuit, des dizaines de kwassa-kwassa, ou barques de pêcheurs, s’en échappent. A bord de ces esquifs sans GPS ni équipements de sécurité, entre 35 et 45 personnes qui ont payé de 200 à 300 euros leur passage. « C’est un très très très gros business », dit un douanier ! Trusté par une mafia. La mafia des kwassa-kwassa. A la base, de modestes fabricants comoriens de barques en bois devenus de florissants entrepreneurs capables de corrompre des fonctionnaires, voire des élus locaux, pour perpétrer leur trafic d’êtres humains.
En 2011, 150 clandestins ont perdu la vie dans les eaux du golfe des Comores. Cet afflux d’immigrés sans qualifications bouleverse le fragile équilibre de Mayotte. Ils seraient 10 000 à travailler illégalement sur l’île. Et 80 %, pour les hommes, dans le BTP. La brigade anticriminalité (BAC) traque les employeurs qui utilisent des ouvriers sans titre de séjour. Ces derniers encourent cinq ans de prison. Mais à ce jeu du chat et de la souris, c’est souvent la souris qui gagne. Dès que la police arrive, les clandestins s’éparpillent dans la nature. Ceux qui sont rattrapés vont en centre de rétention en attendant leur expulsion.
Les femmes n’ont, elles, souvent pas d’autre alternative que la prostitution. De nombreuses mineures traînent la nuit dans les discothèques. « Parce qu’elles sont en grande détresse ou qu’elles ont tout simplement besoin d’une paire de chaussures », explique Nathalie Compan, vice-procureur du tribunal de Mamoudzou, le chef-lieu du département. Leur idéal à toutes étant de devenir « soussou », soit la maîtresse d’un Mahorais, et de, peut-être, réussir ainsi à se faire épouser en vue d’obtenir la nationalité française. Quant aux enfants des clandestins, près de 6 000 d’entre eux seraient abandonnés à leur sort parce que leurs parents ont été renvoyés aux Comores.
À Kawéni, un village adossé à une montagne et situé non loin de Mamoudzou, des dizaines de petits, dont l’Etat ne sait que faire, fouillent la décharge pour trouver de quoi manger. Sur les hauteurs, les enfants abandonnés se sont regroupés dans un bidonville. Parfois, ils sont 5 ou 6 frères et soeurs. Les plus âgés s’occupent des plus petits. Les rares associations humanitaires présentes sur l’île leur distribuent de la nourriture. Forcément, dans ce contexte, la délinquance ne cesse de monter avec un phénomène accru de violences, de bagarres entre bandes, de vols aggravés, d’effractions commises sous l’emprise de l’alcool. La drogue des Mahorais.
«C’est difficile, poursuit Nathalie Compan, parce que nous n’avons pas, à Mayotte, de centre éducatif. Donc les réponses alternatives qu'on peut donner à l’incarcération sont très limitées. Trop limitées. » Obtenir d’être régularisé étant quasiment impossible, certains tentent d’atteindre par avion La Réunion, ou mieux encore la métropole, où ils auraient dix fois plus de chances de décrocher un titre de séjour. A l’aéroport international de Dzaoudzi, la police des frontières vérifie scrupuleusement les papiers d’identité. Durant ces six derniers mois, une trentaine de personnes ont été interpellées en possession de faux documents.
Sylvie Véran

26.7.12

Les Ripoux à Mayotte

Un vrai scénario pour faire un Ripoux 4 et qui se passerait à Mayotte.
En janvier 2011, une jeune fille de 18 ans, prénommée Roukia, est retrouvée morte sur une plage près de Mamoudzou.
Très vite, toute la presse locale s'empare de ce filon qu'ils espèrent juteux.
On parle d'insécurité. Tout faux.
On arrête son copain, qui sera relâché plus tard.
Entre temps, la victime est autopsiée, mais comme il n'y a pas de légiste à Mayotte, on doit attendre la venue d'un de La Réunion, quelques jours après.
Il s'avère que la jeune Roukia est morte d'une surdose d'héroïne.
Ici, on n'entend pas souvent parler de drogues dures.
Une drogue circule parmi tous les jeunes, on l'appelle ici le bangué, à La Réunion c'est le zamal, mais c'est une drogue douce, genre cannabis sans doute mélangé.
Mais l'héroïne, c'est une autre affaire. Mayotte, de par sa situation, est appelée à devenir une plaque tournante du trafic de stupéfiants, entre l'Europe et la région. C'est sans doute un peu déjà le cas.
Donc, Roukia est décédée d"une surdose de drogue. Les policiers et gendarmes cherchent à remonter la filière.
Cela prend pas mal de temps, et on apprend un jour que la drogue viendrait.... de la gendarmerie!
En effet, il est révélé que les forces de l'ordre fournissent la drogue à des informateurs qui leur signalent les immigrés Comoriens clandestins en échange. Scandale! La presse est aux anges.
Pus tard, on apprend que le vice-président chargé de l'instruction au TGI de Mamoudzou a demandé, avec l'accord de sa hiérarchie, les fadettes (factures téléphoniques détaillées) de deux magistrats, d'une greffière et de quatre avocats. Ce magistrat, Marc Boehrer, cherchait à savoir qui avait pu faire fuiter dans la presse locale un certain nombre d'éléments concernant une enquête en cours de son collègue, le juge Hakim Karki, sur le décès de Roukia.
Scandale dans la justice!
Des gendarmes impliqués dans un trafic de stups, une justice corrompue, mais où va-t-on?
Devant ce climat malsain, l'affaire en instruction est dépaysée à La Réunion.
Dernier rebondissement en début de semaine révélé par Le Point.fr, un indic mécontent a balancé au juge qu'en échange de ses renseignements, on lui a promis un titre de séjour, et donné un laissez-passer pour ne pas être expulsé.
APRF: arrêté préfectoral de reconduite à la frontière


Il aurait effectué plusieurs missions mais est aujourd'hui incarcéré et amer, donc il balance.
Que vaut sa parole? Sans doute pas plus que celles de ses accusateurs, mais ça fait quand même désordre!
Un vrai bon polar... Si un cinéaste est intéressé, qu'il s'adresse au GIR de Mamoudzou.
Et l'État dans tout ça? D'après l'avocat de l'indic, il ferait tout pour étouffer l'affaire. 

17.7.12

Naufrage d'une politique

C'est ce qui ressort des commentaires de plus en plus nombreux de la presse "nationale" après un nouveau drame .
Vendredi dernier, 4 femmes et 3 enfants ont péri en mer au large de Mayotte, après le naufrage de leur kwassa-kwassa venant d'Anjouan. Il faut sans doute ajouter les 6 disparus à ce bilan.
Des immigrants dans un kwassa-kwassa tentent de rejoindre Mayotte
(Photo réalisée par la gendarmerie en 2007). © AFP
Encore un, mais ces naufrages font de plus en plus de vagues à Paris, du Sénat au gouvernement et dans les médias. ENFIN!!
Puisque la politique menée jusqu'ici ne donne pas de résultats, on va peut-être en envisager une autre.
En 2011, les autorités ont expulsé 26 405 personnes dont 5 389 enfants, record national! Mais la plupart d'entre eux reviennent dans ces bateaux de la mort.
On vient d'annoncer la prochaine construction d'un second CRA (Centre de Rétention Administrative) afin d'améliorer les conditions de rétention des futurs expulsés.
Car à Mayotte, où ne s'applique pas le droit commun du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (Ceseda), la durée moyenne de rétention est de 20 heures (quand elle a lieu) avant une expulsion par bateau. La circulaire du ministère de l'Intérieur rendue publique le 7 juillet et recommandant d'assigner les familles de sans-papiers avec enfants à résidence plutôt que de les placer en rétention ne s'applique pas ici. L'île est trop soumise à l'immigration.
Soit, mais on prend encore le problème à l'envers.
Il faudra bien arriver à empêcher ces kwassas, et pas en les interdisant, ce n'est pas possible. Prendre le problème en amont, à Anjouan précisément est la seule issue.
Construire une maternité, renforcer la surveillance des côtes anjouanaises et coopérer avec l'état Comorien.
Victorien Lurel était à Mayotte ces derniers jours, les élus lui en ont sûrement parlé...

31.5.12

"Délit de solidarité" à Mayotte


Suite de l'affaire du non-renouvellement de 2 professeurs déjà évoquée dans À la tête du client.
Pour l'instant, les 2 sanctions sont confirmées. Comme on dit ici:
Mayotte préfère les profs qui fayotent!
Le président du RESFIM (Réseau éducation sans frontières de l'île de Mayotte), Michel Rhin, est amer.
Pour nous, enseignants, comme pour tous ceux qui ont en charge une éducation, cette déclaration résonne comme une alerte face à la montée des intolérances et des extrémismes faciles.
À méditer d'urgence.


Faire don de soi. 
Partager ses savoirs. 
Développer l’esprit critique. 
Encourager l’ouverture au monde. 
Apprendre à vivre en communauté. 
Lutter contre les inégalités et l’injustice.


Pour toutes ces raisons, j’ai choisi un métier : enseignant.


Après quelques années en zone d’éducation prioritaire, j’ai découvert un magnifique territoire français où ces simples mots prenaient toute leur ampleur : Mayotte.


Cette vocation a alors dépassé les limites du simple cadre professionnel. Témoin impuissant de l’injustice et des abus de pouvoir, je n’ai eu d’autre choix que de rejoindre le Réseau d’Éducation Sans Frontières. J’ai défendu corps et âme les valeurs d’une république dont j’étais fier. Liberté, égalité, fraternité. Tout est là.


Doit-on accepter que des mineurs soient arrachés à leurs parents et expulsés d’un territoire où ils ont vu le jour, bafouant toutes les lois, et ne rien faire ? 
Peut-on être témoin de rafles nocturnes où les domiciles privés sont violés en toute illégalité et impunité par des forces de l’ordre au nom d’une politique inacceptable et ne rien dire ?


J’ai parlé, j’ai agi, je n’ai pas laissé faire.


Évidemment, même si cela soulageait parfois ma conscience, tout le monde n’a pas apprécié et ceux qui en avaient le pouvoir ont décidé de m’expulser à mon tour, de mon propre pays.


Je me suis tourné vers mes Pères. Certains n’ont pas compris, m’ont soutenu, se sont battus.


Je me suis tourné vers mon ministère, celui qui m’avait formé et enseigné les valeurs de l’école de la république. Il m’a abandonné.


Se ménager. 
Partager le minimum. 
Développer un esprit obéissant. 
Encourager le chacun pour soi. 
Apprendre à vivre au gré des gouvernements. 
Ne pas lutter.


Et surtout, se taire…


Voilà ce qu’est devenu mon métier.


Michel RHIN.