15.4.12

Mikidache

Mikidache est un artiste reconnu à Mayotte, aux Comores et ailleurs dans le monde. Depuis plus de 10 ans, il promène sa guitare pour chanter son île mais aussi ses coutumes et leur évolution, la société mahoraise et son avenir, les gens du monde, qui est aussi le titre d'une de ses chansons. Il le fait en shiMaore mais aussi en français.
Son nom signifie à peu près "une bonne personne", il est né à Chiconi et donne en ce moment une série de concerts à travers Mayotte.
Hier soir, il était à M'Tsapéré, près de Mamoudzou. Il a chanté son inquiétude pour le devenir de son île, mais aussi les enfants abandonnés, le rôle des parents, l'amour entre les gens, le partage... autant de thèmes qui sont loin d'être légers.
Il l'explique mieux lui-même:

Sa musique intègre plusieurs influences et bien sûr les rythmes typiques à la région comme le très enlevé Mgodro ou le plus lent chigoma.

12.4.12

Le tsunami sera numérique

Mayotte avance à grand pas, en tous cas sur le plan de la course à l'information à sensations, le buzz comme on dit par les temps qui courent.

Hier, nous avons assisté à un premier tsunami.
Un séisme sous-marin à 6000 km de Mayotte et nous avons été balayés; point de vague, mais une alerte tsunami, un plan ORSEC déclenché par le préfet annulé une heure et demie plus tard, 3 navires à quai au port de Longoni (seul port de commerce de Mayotte) ayant reçu l'ordre d'aller faire des ronds dans l'eau du large, le temps que la vague dévastatrice...n'arrive jamais! Bien sûr, il faut prendre des précautions mais la presse s'en est régalée, sans s'apercevoir que la vague n'atteignait pas 20 cm. Pourvu que ça fasse un buzz.
Pour une info sérieuse et complète sur ce "tsunami", allez plutôt voir ici.

Aujourd'hui, second raz-de-marée: ça y est, le haut-débit arrive enfin à Mayotte!
C'est la "révolution", le "big bang", tous deux numériques bien sûr!
La presse radio, télé, papier et même numérique (!) s'est ruée sur l'info tant attendue. Sans s'apercevoir que la grande majorité des Mahorais en est loin.
Aujourd'hui, jeudi 12 avril 2012, c'est le lancement officiel. Annoncé hier, mais l'alerte météo-sismo-marine lui a ravi quelque peu la vedette, nous aurons bientôt droit à la vitesse V.
Orange a enfin annoncé son offre à partir de 50 € avec téléphone compris quand même, SFR promet la 3G+ et bientôt la neufbox, STOI est prêt aussi alors que IDOM avait bousculé tout ça avec une offre à 20 €.
Plus que quelques jours (semaines ?) de patience et toute l'île sera branchée.
Toute ? Non!
Une poignée de fils de cuivre résiste et résistera encore longtemps à l'envahisseur.
Une grande moitié sud de l'île ne sera pas raccordée tout de suite, mais la métropole a connu la même progressivité, alors.
Il était temps que le haut-débit arrive!!!

À ce propos, on en est au très haut-débit, là-bas. Mais c'est loin la Tour Eiffel, il y a au moins 10 ans...

10.4.12

Vie chère: le retour

Souvenez-vous: des accords sur les prix des produits de première nécessité avaient mis fin au mouvement contre la vie chère qui a duré 44 jours et plongé Mayotte dans la violence au mois d'octobre dernier. Ces accords garantissaient des prix revus à la baisse jusqu'au 31 mars.
Nous sommes début avril et tout le monde a pu constater ce qui était redouté: les prix ont énormément augmenté.
La viande: +12 %
Le poulet: entre 15 et 30 % d'augmentation.
Le chariot-type (riz-viande-huile-ailes et cuisses de poulet, sardines...) est passé de 103 € à 133 €!
Le gaz qui était redescendu à 26 € est remonté à 32 € environ.
Les familles mahoraises ne pourront pas se consoler avec le RSA "bas-débit" pratiqué depuis la même date, à croire que les distributeurs pensent que maintenant qu'il est versé, les Mahorais peuvent payer leurs courses plus cher. De qui se moque-t-on ? N'oublions un des arguments de la grève passée: la vie ici était déjà 30 % plus chère qu'en métropole!
Alors il se dit que le mouvement pourrait bien reprendre (c'était déjà une crainte à la signature de l'accord) et pourtant, personne n'en veut, mais ... les élections approchant, c'est peut-être le moment!
Mais des 2 leaders du mouvement passé, celui de la CGT-Ma sera mal à l'aise: il s'est déclaré en plein conflit candidat aux législatives! Comment concilier les deux combats ?
Côté gouvernement, il n'y a sans doute rien de bon à attendre.
On le savait aussi il y a 4 mois:
Bon, ben, on va voter.

7.4.12

Le trésor de Mayotte

Une sérieuse étude récente a assuré que cette année, les coraux de la région et donc ceux de Mayotte ne blanchiraient pas. Il n'y a pas eu pendant cet été austral de température trop élevée dans l'océan et le lagon pour menacer les coraux, et pour les tuer comme nombre d'entre eux l'année dernière par exemple. C'est plutôt une bonne nouvelle mais pour ce qui est de la pollution des eaux mahoraises, là, il y a encore un très gros travail à faire.
En attendant l'hiver qui rafraîchira l'eau autour de 26-27 °C de juillet à octobre, sa température est de 30 °C et la saison des pluies n'en finit plus de partir pour laisser la place au mutulahi (ou matulahi), période intermédiaire qui annoncera la saison sèche ou kusi ou hiver austral. Mais on n'en est pas encore là, le temps est encore magnégné, comme on dit ici (pas net, brouillon, pas beau, vous voyez l'idée).
Ce matin, une plongée en eaux peu profondes m'a permis de constater que les coraux sont en bonne santé et de découvrir une faune étonnante.
Pour être honnête, je n'ai pas moi-même pris tous ces clichés qui demandent un matériel spécial, mais ils reflètent exactement ce que j'ai vu. Merci aux auteurs de ces photos.
Hétérocongres, disparaissent dès qu'on s'approche

Poisson-scorpion, qui peut changer de couleur, drôle de tête!

Poisson-ballon

Murène javanaise, attention les doigts!

Crevette à longues pattes, minuscule et transparente

Holothurie ananas, inoffensive, 40 cm pour celle-là
Magnifique crevette imperator, qui s'abrite volontiers dans l'holothurie ci-dessus

Nudibranche, tout petit; il en existe des centaines de variétés

Beaucoup de juvéniles en ce moment, bon signe

Une squille, crustacé nocturne


6.4.12

Les langues parlées à Mayotte

Quand on débarque à Mayotte, on est en France. Passés les cent premiers mètres, le français fait rapidement place dans nos oreilles à une langue très étrange, incompréhensible, que l'on identifie vite aux langues africaines sans en être sûr, à moins d'être un globe-trotter.
On reconnaît quelques mots (taxi, par exemple) mais si on surprend une conversation, ce que l'on comprend, c'est que ça ne va pas être facile!
Et ça ne l'est pas.
Je suis ici depuis un an et demi et je n'arrive à "capter" que quelques mots, et pour arriver à savoir de quoi on parle, il y a heureusement les mots "internationaux", c'est-à-dire ceux que la langue locale a emprunté aux idiomes d'autres pays, un peu transformés comme "téléphoni". "Les Bouénis" confirment:



Jéjé= comment ça va ?
Quand je dis langue locale, c'est inexact: je devrais parler de langues locales.
Mayotte a été peuplée par des tribus bantoues de l'Afrique de l'Est, ou indonésiennes en route vers Madagascar, ou encore arabes du golfe Persique et d'autres navigateurs de diverses origines.
Aujourd'hui, ça donne quoi?
(Voir l'onglet Cartes: sur la dernière sont représentés les dialectes pratiqués village par village).
Si la langue officielle (écoles, administrations, affichages publics...) est le français, les autochtones entre eux parlent leur langue natale. Et là, ça se complique.
S'ils sont nés à Mayotte et comoriens d'origine, ils parlent le shiMaore. Mais il existe des variantes, le plus "pur" étant le shiMaore swafi. Il est proche du bantou. Or, les immigrés récents d'Anjouan utilisent un shiMaore différent, avec des mots n'ayant parfois aucun rapport. Ceux de Ngazidja (Grande Comore), nuancent encore autrement la langue comorienne originelle. Vous suivez? En fait, il existe 4 parlers bantous différents mais avec de fortes ressemblances: le shiMaore de Mayotte, le shiNzuani d'Anjouan, le shiMwali de Mohéli et le shiNgazidja de Grande Comore.
Le shiMaore (Maore est le nom de Mayotte dans cette langue donc shiMaore = langue de Mayotte) est compris et/ou parlé par 80 % de la population d'origine (chez les wasungu, ça doit être dans les 3 % et encore...).
À l'inverse, nombreux sont encore les Mahorais à ne pas maîtriser le français. Sur Mayotte 1ère, radio et télé, les 2 langues cohabitent. Rappel pour ceux qui n'en ont pas vu: journal télévisé
L'autre langue de Mayotte est le shiBushi, que l'on écrit couramment kibushi. Et là, surprise quand on pense que c'est la langue maternelle d'un tiers de la population!
Explication: les "kibushiphones" comprennent et utilisent le shiMaore (pas le choix!) tandis que l'inverse n'est pas vrai.
Le kibushi est plutôt parlé dans les villages de l'Ouest et du Sud de l'île mais pas seulement. Et ils en sont fiers!
C'est une langue d'origine malgache, plus ou moins adaptée à l'île mahoraise, avec deux variantes: le kisakalava et le kiantalautsi.
Ensuite, il existe des langues indiennes, des langues de la région comme le créole réunionnais, l'afrikaans, mais très confidentielles.
Et on se doit aussi d'évoquer la langue arabe puisque les jeunes Mahorais l'apprennent dans les écoles coraniques. D'autant plus que 40 % des mots en shiMaore ont une racine arabe!
Le problème majeur qui taraude les esprits visionnaires de Mayotte est le devenir de ces langues, principalement le shiMaore.
En effet, on a pu le constater en métropole, les langues parlées sont abandonnées peu à peu. Si elles ne sont qu'orales.
Dès lors qu'elles sont écrites, elles survivent! C'est le principal combat des Mahorais actuellement, il faut une écriture officielle du shiMaore. Mais comme les acteurs ne parviennent pas à s'accorder, le problème reste posé.
Une association très active, Shime (SHImaore MEthodique), semble proche de faire prévaloir sa version. L'enjeu, c'est une reconnaissance de la langue et son apprentissage dans le milieu scolaire surtout. Et pour ne plus voir comme dans certaines administrations encore aujourd'hui: "Français obligatoire".
Pourquoi ne pas envisager une option "shiMaore" au bac?
Sans compter que dans le milieu scolaire, on est de plus en plus persuadé que l'apprentissage de la langue maternelle favoriserait celui de la langue française. Là encore, le discours officiel, qui n'en voulait pas, commence à évoluer.

2.4.12

Poisson mahorais



Humour noir, en rapport avec le début de la vidéo du message ci-après.

1.4.12

Le rapport qui fait mal

C'est l'autre actualité du weekend. Celle-là laisse un goût amer.
Médecins du Monde (MdM), qui a ouvert en 2009 un centre de soins pédiatriques à Koungou, vient de publier un rapport qui montre que 7,3 % des 422 enfants concernés par cette étude souffrent de malnutrition aiguë.
Pour un département français, c'est "inacceptable".
"À Mayotte, la fin de la gratuité des soins en 2004, et la peur de se déplacer vers les centres de santé ont contribué à la précarisation d’une partie de la population, dont par ailleurs un tiers se trouve en situation irrégulière. Avec plus de 21 000 reconduites à la frontière en 2011, les politiques migratoires menées à Mayotte entraînent un harcèlement systématique des plus précaires. Ceux-ci renoncent à aller se faire soigner par peur d’être arrêtés. De nombreux enfants se retrouvent séparés de leurs parents, pris en charge par d’autres familles qui ne peuvent pas toujours assurer leurs besoins alimentaires."
MdM signale également que le taux de mortalité infantile y est 4 fois plus élevé qu'en métropole (13,5 ‰, Insee 2010) et que près de 4 enfants sur 10 n'ont pas accès à l'eau courante (MdM 2011).
La carte postale déjà bien écornée en prend un coup!

L'étude (téléchargeable ici) a été menée d'avril à juillet 2011 mais n'est publiée qu'un an après, sans doute pour interpeller les candidats à l'élection présidentielle. Hier, F. Hollande s'est donc vu obligé de l'évoquer dans son discours.