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12.4.14

Zaïna Meresse

J'en parlais dans Zakia Madi la chatouilleuse
Elle était une des figures mahoraises, une non-violente, qui a choisi comme d'autres la chatouille comme arme, une référence, une de celle qui fonde un peuple, qui restera dans les livres d'histoire pour avoir contribué à la naissance de Mayotte française, telle qu'elle est aujourd'hui. Et comme l'histoire de Mayotte est jeune, elle a des personnages historiques encore vivants.
C'était le cas de Zaïna Meresse Boinali, elle s'est éteinte aujourd'hui.
La culture musulmane veut que les morts soient vite mis en terre, ce qui a été le cas quelques heures après son décès.
Bien sûr, il y a eu beaucoup de monde, d'improvisation aussi, mais outre l'importance du personnage, c'est plus la cérémonie que je veux mettre en avant ici, grâce au travail de la meilleure journaliste de Mayotte (d'après moi).
Elle se nomme Anne Perzo-Lafond et voici ce qu'elle écrit dans Le Journal de Mayotte d'aujourd'hui:

«C’est une personnalité que peut s’approprier toute la population mahoraise qui est enterrée aujourd’hui», indiquait un homme qui sortait de la mosquée de Pamandzi.
C’est ce qui explique la présence de tous, ancien « serrez- la-main » ou « sorodas », ils étaient venus nombreux accompagner une des leaders « chatouilleuses » Zaïna Meresse à sa dernière demeure. «Elle aurait mérité plus encore», commente un religieux, mais l’enterrement décidé le jour même du décès à précipité les choses, et certains découvraient encore ce soir l’annonce de sa disparition.
Après les préparatifs du corps, les ablutions et le placement dans un linceul, l’assemblée se retrouvaient à la mosquée pour la prière des morts, puis au cimetière de Pamandzi. Les religieux rappellent au mort ce qui l’attend, « c’est surtout à notre intention » glisse un homme. Dans le cimetière, les femmes ne sont habituellement pas présentes, « on craint que leurs pleurs et leurs cris ne perturbent le recueillement », mais elles sont parfois tolérées.
Une fois le corps enterré, de l’eau est versée sur la terre, « pour réveiller le mort car un ange gardien va lui demander des comptes sur sa vie passée. On lui demande ‘qu’as-tu fait de ton intelligence ?’ »… qui rappelle la parabole des Talents du Nouveau Testament. « On se rend compte tous les jours que les religions monothéistes ont beaucoup de choses en commun » glisse notre voisin. L’échange s’arrêtera là, l’heure est à la prière.
Avant de partir, chacun dépose un  peu de terre et recouvre la tombe de feuillage, « pour garder sa fraîcheur à la terre ».
De nouvelles prières seront célébrées les 3ème et 9ème jour, avant la levée du deuil le 40ème jour.
A.P-L.


Cette semaine a aussi été celle de la disparition de Dominique Baudis qui est venu à Mayotte en novembre 2012 et les médias locaux n'ont pas manqué de lui rendre hommage cette semaine car il a préconisé des mesures d'aide aux mineurs étrangers de Mayotte en soulignant la situation alarmante des jeunes mahorais. Un "avocat, un fervent défenseur des droits", qui prédisait le pire pour Mayotte si les jeunes d'aujourd'hui ne sont pas pris en charge. Ce qui paraît évident pour ceux qui vivent ici, mais à Paris...

20.3.14

Du pétrole aux Comores?

C'est tout à fait sérieux: il y a plusieurs mois que cette question circule dans la région et le dossier avance.
Selon l'AFP,
Les sociétés kenyanes Bahari Ressources Ltd (immatriculée à Jersey) et Safari Petroleum ont obtenu l'autorisation du parlement des Comores pour lancer la prospection pétrolière dans trois blocs de 6.000 km2 chacun, a-t-on appris mercredi de source parlementaire."
Dès que le projet a été connu, les autorités comoriennes se sont précipitées à l'idée de la manne financière que pourrait apporter la présence d'or noir dans ses eaux territoriales. La République Islamique des Comores y voit des richesses capables de la sortir de la misère dans laquelle elle se trouve, et dont elle ne survit que grâce à l'argent envoyé par les émigrés ainsi que des exportations agricoles et des investissements étrangers dans les routes et ports. Car il n'y a pas de production dans les Comores, exclusivement dépendantes des importations, comme Mayotte d'ailleurs.
Donc plusieurs blocs ont été tracés, qui seront étudiés et peut-être exploités s'il y a du pétrole. Rien n'est sûr mais comme on dit, des sources autorisées assurent que la probabilité est forte pour qu'il existe des hydrocarbures offshore dans la région.
Les 4 îles de l'archipel avec à l'extrême droite le Banc du Geyser, submergé
Sur cette carte, on distingue les blocs devant être prospectés et on voit que les quatre îles de l'archipel sont concernées. Rien de plus normal sauf qu'il passe une frontière entre Mayotte et les trois autres îles de la Lune, car ne l'oublions pas, Mayotte est française, même si à Moroni, est toujours arborée la fameuse prédiction:
Comme le souligne l'article de l'AFP,
Le pétrole pourrait aussi raviver la question de Mayotte, quatrième île à l'est de l'archipel, devenue le 101e département français en 2011 mais toujours revendiquée par Moroni.
Le décret présidentiel du 10 janvier 2014, fixant les zones maritimes comoriennes "telles qu'elles sont reconnues par les droits, international et interne" répertorie quarante blocs pétroliers et inclut Mayotte." 
Il existe d'innombrables articles récents fustigeant la condamnation par la France du référendum qui s'est déroulé en Crimée, alors qu'on estime ici mais aussi dans certains médias européens que le référendum de 1975 approuvant le rattachement de Mayotte à la France est tout aussi illégal!
Même si aucun pétrole ne coule dans la région, l'encre, elle, coulera encore longtemps à ce sujet.

29.12.13

Les padzas de Dapani

Photo: Laurence de Susanne

Un très joli survol des célèbres padzas du sud de Mayotte, aux alentours du village de Dapani.
Les images sont tournées avec un drone, un de ceux de Jérôme Mathey, www.dronego.fr, muni d'une GoPro.

Le padza est un terme qui signifie « mauvaise terre » en shiMaore et désigne à Mayotte des zones déforestées, ravinées avec des sols rougeâtres, non propices aux cultures, et au relief accidenté. Ces sols sont le résultat d'une érosion intense sous climat chaud et humide de roches basaltiques. Cela forme des latérites. A l'origine de ces paysages : les activités humaines (surpâturage, déforestation) et/ou une érosion naturelle.

Il existe d'autres padzas, plus de 3000 hectares (!), moins grands et moins connus à travers l'île comme ceux qui se trouvent sur le sentier montant au Bépilipili et au Bénara, au-dessus de Bandrélé.
Ou encore ici, vers Chirongui:
Photo:Timothée Rey
Même si ce n'est pas la seule origine de ces phénomènes, il faut dire qu'à n'importe quel moment de la journée, toute l'année, on aperçoit des fumées qui s'élèvent un peu partout au-dessus de Mayotte. Les Mahorais brûlent beaucoup, pour nettoyer le terrain, parfois pour faire du charbon,

même si c'est interdit, et la végétation, peu à peu, part en fumée. Dès qu'il pleut, comme depuis une semaine, la terre est emportée vers le lagon, qui devient rouge.
Des signaux d'alarmes sont agités régulièrement, beaucoup d'initiatives ont été entreprises, mais sans effet notable. Il ne reste que très peu de forêt primaire, ce qui est inquiétant.
Restent ces beaux paysages nus, désolés, stériles, lunaires. Une des curiosités géologiques et touristiques de l'île.

25.5.13

Mayotte en 1982

C'était du temps où Mayotte rêvait, c'était du temps où Mayotte "mahorait"...
Dénichée sur le blog d'un Comorien, qui en est fier et qui voudrait lui aussi comme ses compatriotes que Mayotte revienne dans le giron originel de ses 3 soeurs, cette vidéo nous ramène 30 ans en arrière.

Ce document montre ce qui était et surtout ce que l'on essayait de mettre en place.
La récolte du riz paddy, anecdotique aujourd'hui, l'habitation traditionnelle mahoraise et l'organisation des villages, unités sociales, les cases rudimentaires, et l'effort que la France voulait impulser concernant la construction des premiers bâtiments en dur, qui devaient être le début du développement.
Qu'a gagné Mayotte aujourd'hui?
Des écoles, collèges et lycées, des structures hospitalières dignes de ce nom, un certain développement améliorant le niveau de vie général.
Mais pour ceux qui vivent ici, on note dans ce reportage une énergie et un sens de l'entraide (musada en langue locale) qui ont disparu ou presque. Où est cet enthousiasme créateur du documentaire? Aujourd'hui, les Mahorais attendent tout de la métropole, n'entreprennent guère, mais ont tous envie de profiter du gâteau!
Il s'est rajouté une immigration clandestine démesurée (tous les jours sont arraisonnés des kwassa-kwassas) créant des tensions entre les Mahorais et leurs cousins Anjouanais, bien que les premiers exploitent sans honte les seconds, et cet afflux entraîne une surpopulation intenable.
La société s'est fracturée dangereusement et ces différences engendrent insécurité (qui explose depuis le début de l'année) sous la forme d'agressions en plein jour, de cambriolages réussis ou pas, dont la presse ne parle pas d'ailleurs (pas assez porteur?). Et que dire de la corruption à tous les niveaux, élus, fonctionnaires (en ce moment procès de douaniers ripoux), qui engloutit la manne gouvernementale (on parle d'1 milliard d'euros par an, mais il ne faut pas le dire).
L'avenir?
Maintenant, les Mahorais attendent avec les yeux qui brillent les 200 millions d'euros en 7 ans provenant de l'Europe, dont les élus disent déjà que c'est insuffisant et qu'ils sont traités comme une RUP au rabais!
Pourtant, ça va en payer des voitures de fonction, des voyages et des résidences plus ou moins secondaires...
Pour le reste, il y a toujours des quartiers pauvres et insalubres tels qu'on les dénonce déjà dans le film. Et des déchets produits par ce qui n'était pas encore la société de consommation.
Si on pouvait faire un "retour vers le futur", on s'y prendrait sûrement mieux.
Mais Allah serait-il d'accord?

12.4.13

Et Tromelin, alors?!


Eh oui! La question est d'importance!

Au moment où certains se demandent en métropole pourquoi Mayotte est française, en regard de ce qu'elle nous coûte et étant tellement différente de notre culture, on va discuter au Parlement français des autres petites îles de l'océan Indien, les si justement nommées îles Éparses.
Mais c'est quoi au juste ces cailloux?
Carte des îles Éparses, Ministère des Outremers
Et parmi ces confetti, il en est un à droite sur la carte au-dessus de La Réunion qui fait débat car il est question d'en abandonner une partie de notre souveraineté, bref de céder une partie de la France!
Et à qui? Aux Mauriciens!
Vous rendez-vous compte?
Mais voici la situation, exposée dans un article passionnant de Louis Imbert, du journal Le Monde d'hier 11 avril:

"Il était passé inaperçu au Sénat, l'îlot de Tromelin. Les sénateurs avaient ratifié sans débattre, en procédure simplifiée, un accord conclu en 2010, qui prévoit de partager une partie de l'administration de cette minuscule île française de l'océan Indien avec sa voisine, l'île Maurice, qui en revendique la souveraineté depuis son indépendance, en 1968.

L'île Tromelin, le 24 août 2012. | AFP/SOPHIE LAUTIER
L'Assemblée aurait probablement fait de même, jeudi 11 avril, si ce n'était l'esprit retors de Philippe Folliot, député UDI (centre) du Tarn. Passionné de confettis d'empire et compatriote tarnais de l'explorateur Jean-Louis Etienne, Folliot a repéré le nom de l'îlot dans les feuilles vertes où l'Assemblée égrène ses ordres du jour. Il s'est indigné. Allait-on brader un pan du territoire national ? Le ferait-on sans que les représentants du peuple n'en débattent ?
M. Folliot a écrit au président de l'Assemblée, Claude Bartolone. Il évoque"un grave précédent d'abandon de souveraineté". L'îlot est certes inhabité, reconnaît-il, mais son domaine maritime couvre environ 280 000 km2, soit un peu plus de la moitié de la France métropolitaine. Victoire pour M. Folliot : le texte a été reprogrammé en procédure régulière, avec débat possible à la clé. Dans le secret de la préfecture des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF, à laquelle Tromelin est rattachée depuis 2007), on sourit : les représentants du peuple s'intéressent aux confettis des antipodes.
ARCHÉOLOGUES POUR ÎLE DÉSERTE
Ledit morceau de terre est une langue de sable qui ne dépasse pas 1,5 km de long et 700 mètres de large, et culmine à 8 mètres d'altitude. Un récif de corail, trop proche des côtes pour former un lagon, interdit aux bateaux d'accoster. On arrive à Tromelin en avion militaire Transall ou par hélicoptère. On croise à terre des oiseaux couvant au sol (fous masqués à palmes noires ou à pieds rouges, frégates...), des tortues franches et vertes et des employés de Météo France. Trois employés, précisément, qui ont charge d'incarner la souveraineté nationale et de laisser passer les cyclones. En rondes quotidiennes autour de l'île, ils comptent aussi les œufs de tortue. Cela dure deux mois environ, avant qu'une autre équipe ne les relève.
L'accord de cogestion conclu avec Maurice a été d'abord évoqué par Jacques Chirac en 1999, puis repris par Nicolas Sarkozy en 2010. Il prévoit de partager la responsabilité de Tromelin en matière de protection de l'environnement. Ceci explique le comptage des œufs de tortues.
On fera également ensemble, sur l'îlot cogéré, de l'archéologie. Cette année déjà, que le député Folliot vote oui ou non, des archéologues mauriciens feront partie de la quatrième campagne de fouilles locales. Ils chercheront les tombes de 81 esclaves abandonnés ici en 1761. Leur négrier, L'Utile, avait fait naufrage. Les blancs s'étaient sauvés sur un radeau. Les esclaves étaient restés là quinze ans, jusqu'à ce que le chevalier de Tromelin, qui donnera son nom à l'île, vienne recueillir les derniers survivants : sept femmes et un enfant de quelques mois. Ils mangeaient des oiseaux de passage et des œufs de tortues. On ne sait pas encore comment ils s'abritaient du vent.
L'accord prévoit, surtout, de partager la zone économique exclusive (ZEE) attachée à l'île pour la pêche au thon. Ces eaux-là ne grouillent pas de thoniers, qui préfèrent croiser de l'autre côté de Madagascar, dans le canal du Mozambique, côté Afrique. Mais cela pourrait changer. Ainsi, l'esprit d'entreprise des pirates somaliens, qu'on a vu descendre jusque-là, pousse déjà les cargos faisant route vers l'Asie à passer du côté de Tromelin.
Déjà, en 2009, on avait parlé de l'île à l'Assemblée, et de ses sœurs, les Éparses. Les budgets de la défense se réduisaient. L'armée voulait abandonner ces bouts de terre, qu'elle seule relie au monde. Elle y déploie quatorze militaires et un gendarme basés de façon permanente sur trois îles du canal du Mozambique (Glorieuses, Juan de Nova et Europa). Ses navires et ses avions Transall assurent la logistique, dont le coût global annuel était de 6,3 millions d'euros en 2009. Au dernier moment, les fonds n'avaient pas été coupés. Mais Philippe Foliot, secrétaire de la commission parlementaire défense, le sait : le nouveau livre blanc, attendu pour cet été, pourrait forcer à défendre de nouveau les confettis, certains aux eaux possiblement pétrolifères."
Nous y voilà: on parle beaucoup de pétrole et de gaz dans la région. Mayotte a été sondée et il paraîtrait que les Comores auraient au large de leurs côtes d'importantes réserves d'or noir.
Outre des bases logistiques éventuelles (mais pour quoi faire?), des réserves poissonneuses, ces îles pourraient donc receler des richesses?
Les mirages, c'est dans le désert, non?

2.4.13

Deux ans d'impatience

Le 31 mars 2011, Mayotte est devenue le 101ème département français. En fait, elle est devenue DROM comme on les appelle désormais: Département-Région d'Outre-Mer.
Ce weekend, pas tellement pascal ici, forcément, bien que hier était férié quand même, on a donc célébré le deuxième anniversaire de la transition.
Il n'a pas donné lieu à de grandes festivités: un colloque, quelques personnalités de seconde importance, une pincée de folklore et ɓasi ! (c'est tout, en shiMaore)
Parmi les analyses des avancées, en voici une un peu extérieure d'une journaliste de rfi :


Deux ans après, le département de Mayotte se sent toujours «oublié»

Le mouvement de grève des fonctionnaires pour l'indexation des salaires a duré dix jours.
Le mouvement de grève des fonctionnaires pour l'indexation des salaires a duré dix jours.
RFI/Aurore Lartigue

Par Aurore Lartigue
En 2009, à l'issue d'un référendum, les Mahorais décidaient d'abandonner le statut de collectivité territoriale pour devenir le 101e département français et le 5e département d'outre-mer (DOM). Depuis le 31 mars 2011, ce statut est effectif et a entraîné des bouleversements profonds sur une île jeune et en proie à d'énormes problèmes. Deux ans après, à 8 000 kilomètres de la métropole, on oscille toujours entre patience et déception.

Mayotte a bien failli célébrer les deux ans de la départementalisation au milieu des manifestations, devenues habituelles ces deux dernières années. Cette fois, les fonctionnaires réclamaient l'indexation des salaires et l'égalité avec leurs confrères m'zungus - les Blancs - qui bénéficient de primes.
La départementalisation, Mayotte l'a souhaitée à 95%. Plus que par attachement à la France, il s'agissait d'abord de rester indépendante des Comores. Les Mahorais craignant la soumission à Moroni. Avec un PIB dix fois supérieur à celui de ses voisins, les Mahorais savent qu'ils sont mieux lotis que leurs voisins. « Mayotte s'est beaucoup développée : des écoles ont été construites, les routes refaites. La départementalisation est une bonne chose, assure Ibrahim. A 51 ans, son français est hésitant comme souvent ici où la langue maternelle est le shimaoré ». Son espoir : le statut de Région ultra-périphérique (RUP) qui doit permettre en 2014 à l'île d'accéder aux fonds de l'UE. 
Un département « discriminé »
Côté responsables, le discours est tout autre. Pour eux, Mayotte est « discriminé » par rapport aux autres DOM. « Il n'a pas fallu longtemps pour se rendre compte qu'on allait faire de nous des sous-citoyens dans un sous-département, s'emporte Rivo, le leader du SNUIPP, le syndicat des instituteurs, bien conscient que la crise économique ne va pas arranger les choses. On est au bord de l'explosion ! Ce que veulent les Mahorais, c'est l'égalité républicaine ».
Contrée lointaine longtemps délaissée par la France, depuis une douzaine d'années, Mayotte a entamé un rattrapage à « vitesse grand V ». Le PIB par habitant a presque doublé. Mais l'île part de très loin et reste le département le plus pauvre. 92% de la population vivrait en-dessous du seuil de pauvreté métropolitain. En dépit de ce constat, elle va devoir attendre pour voir s'appliquer les mêmes droits qu'ailleurs. Pour exemple, le Revenu de solidarité active (RSA), progressivement mis en place, ne correspond aujourd'hui qu'à 37,5% du montant métropolitain.
En 2014, de nouveaux impôts (taxe foncière et taxe d'habitation) feront leur apparition. Un sacré bouleversement, et là, souligne-t-on, il n'y aura pas de mise en place progressive comme pour les prestations sociales.
Des dépenses toujours insuffisantes en matière d'éducation
Pour illustrer ce traitement inégalitaire, c'est l'éducation qui revient. Depuis que Mayotte est intégrée dans la République, tous les enfants doivent être scolarisés. Mais les salles de classes manquent et les établissements sont parfois obligés de fonctionner par rotation : cours le matin ou l'après-midi. « Est-ce acceptable en France, s'indigne Thani Mohamed Soilihi, alors qu'on débat sur les rythmes scolaires ! ». Un enjeu considérable pour l'Etat quand on sait que plus de 50% de la population a moins de 20 ans et que le taux d'illétrisme bat des records. « Sauf que, relève l'économiste Antoine Math, le niveau des dépenses d’éducation par élève est encore moitié moins élevé ici que dans les autres régions ».
Pas de miracle
« Tous ceux qui espéraient que la départementalisation allait être la panacée sont déçus. Il n'y a pas eu de miracle », se désole le sénateur Thani Mohamed Soilihi. Et l'élu de pointer son effet pervers : « Pendant des années, au lieu de demander plus de développement, d'égalité sociale, le département a été la seule revendication ». Le nouveau préfet, Jacques Witkowski, arrivé il y a un mois, concède que l'égalité prendra du temps, 20 à 25 ans, c'est le délai promis par le gouvernement. « Dans les autres DOM, cela a pris plus de 60 ans », rappelle-t-il.
Un argument inacceptable, pour le sénateur socialiste. « Quel département a vu en moins d'une décennie la part de son immigration clandestine représenter 40 % de la population ? », s'interroge Thani Mohamed Soilihi. La pression migratoire, voilà le principal problème auquel ce département balbutiant doit faire face.
Polygamie interdite et justice musulmane supprimée
On pointe aussi la responsabilité des politiques locaux. Le Conseil général, par exemple, incarne tous les problèmes de l'île. Conséquence d'années de clientélisme qui ont mené à faire gonfler le nombre d'agents sous qualifiés, son action actuelle est plombée par un déficit que la nouvelle équipe peine à résorber.
Résultat : 80% du budget englouti en frais de fonctionnement, et seulement 3% des dépenses consacrées à l'aide sociale à l'enfance, qui devrait en constituer l'essentiel.
Pour le député Boinali Saïd, « les Mahorais n'ont pas été suffisamment préparés à ce changement. Il faut qu'ils prennent conscience que la République c'est des droits, mais aussi des devoirs. On est encore dans une logique de colonisation où l'on attend que l'Etat français donne».
Musulmans à 95%, ils ont pourtant fait des concessions pour se couler dans un modèle de société occidentale. Interdiction de la polygamie, relèvement de l'âge légal du mariage, fin de la justice cadiale rendue par des juges musulmans.
Aujourd'hui, les Mahorais aimeraient que la devise « Liberté, Egalité, Fraternité » ne soit pas qu'un slogan.

Le député Boinali Saïd a la mémoire courte: il y a un an, il était syndicaliste et attendait lui aussi que «l'Etat français donne». Serait-il passé du côté des colons?
Ah! la politique!

11.2.13

Les Comores la nuit

Une image étonnante prise par un satellite, Suomi NPP, qui a ainsi photographié la planète entière.Voir ici le site de la NASA.
On distingue les îles de La Lune, autrement dit l'archipel des Comores. Elle date d'avril et octobre dernier, elle est donc récente.
Que peut-on encore voir dans ce montage de clichés?
Si on est optimiste, on dira que c'est beau.
Si on est réaliste, on peut dire que les Comores sont dans le noir, à part la capitale Moroni, en haut à gauche. Et que Mayotte est bien éclairée (et pourtant!), et là, on ne peut s'empêcher de comparer.
On peut légitimement imaginer que c'est le fruit de l'intégration de l'île aux parfums à la France pendant que les Comores indépendantes ont poursuivi leur chemin chaotique vers un développement hypothétique.
Et on comprend mieux que les Comoriens soient attirés par la lumière.
Bien sûr, la réalité est un peu plus complexe mais le symbole est là.

23.1.13

La République en échec

Pour ceux qui ne l'ont pas vu mardi soir, on a parlé de Mayotte sur France 2, en plein JT.
"La République en échec" vous embarque avec la police aux frontières qui arraisonnent un kwassa-kwassa. La suite, vous la connaissez si vous suivez régulièrement ce blog.
Alors fallait-il en reparler encore une fois ici?
Pour éclairer les consciences, oui. Il y a trois ans, personne n'en parlait. Aujourd'hui, on en montre la dure réalité entre la purée et le fromage des foyers métropolitains.
Les faits sont justes (300 € x 20 = 6000 € pour le passeur!), le sourire gêné du vice-président devant son service sur-équipé au Conseil Général laisse rêveur.


Pourtant, Valérie Trierweiler s'est émue de la situation des enfants en errance dans le département puisqu'elle a décidé que ce serait son action prioritaire du moment.
En avril, lors de la venue du futur Président, elle avait été informée de leur situation par certains collègues enseignants. Elle avait dit alors:
« Il y a tant de choses à faire en France et ailleurs. A Mayotte, une dizaine d’instituteurs, des profs, des sages-femmes sont venus me parler de la situation apocalyptique des quelques 6 000 enfants livrés à eux-mêmes. Je me suis dit, je reviendrai, soit comme journaliste pour faire un reportage, soit comme première dame pour les aider  »
Ce sera comme première dame.
En attendant sa venue, elle a reçu D. Baudis et un sénateur Mahorais lundi à l'Elysée pour faire avancer les choses.
Si Valou s'en mêle, ça va bouger!

21.1.13

"Dérive" de Mayotte


Attention!
Ce qui figure plus bas ne signifie pas que Mayotte a changé de place sur le globe.
Il s'agit d'une dérive artistique, disons tectonico-artistique.
La légende permet de révéler ce qu'a voulu l'artiste.
C'est surprenant, mais intéressant.



2011
Format: 170 x 60 cm

1975: indépendance des Comores, amputées de l'île de Mayotte qui reste sous souveraineté française.
1995: la libre circulation entre Mayotte et le reste des Comores est abolie. Entre 1975 et 1994, l'Assemblée Générale de l'ONU condamne la France tous les ans et réaffirme la souveraineté des Comores sur Mayotte.
2011: Mayotte devient département français, à l'instar de l'île de La Réunion.
En 2010, plus de 26 000 Comoriens ont été expulsés de Mayotte au titre de la lutte contre l'immigration clandestine, soit plus de 50% du total des expulsions effectuées en France cette année.

Trouvé sur le site  http://obgeographiques.blogspot.fr/  où on peut en découvrir bien d'autres.

28.12.12

"Le Monde" s'intéresse à Mayotte

Entre 2 réveillons, voilà de la lecture que certains trouveront indigeste par la gravité des sujets abordés et par la richesse des contenus.
Mais voilà, l'actualité n'attend pas et c'est le moment qu'a choisi le quotidien "Le Monde" pour publier quatre articles sur Mayotte. Et évidemment pas pour évoquer un nième Noël sous les tropiques.
De plus, il se trouve que celle qui a écrit ces articles, Élise Vincent, a réussi à capter la réalité de cette île, et ce n'est pas toujours le cas (voir 'France Info fait du faux' un peu plus bas).
Alors, comme ces articles ne sont plus en libre accès, je les ai capturés pour que le travail remarquable de cette journaliste soit relayé.
                
               
              
               
                
                









19.12.12

Le peuple du lagon

Un très bon documentaire de France Télévisions, assez complet et susceptible de faire voyager (au moins dans la tête) ceux qui veulent du soleil pour les fêtes.
Il date de 2010, du temps où Mayotte n'était pas encore un département, et a été diffusé la première fois sur France 5 en mars 2011. Pour ceux qui ne l'ont pas encore vu:

Docu_France5_Mayotte, le peuple du lagon_Mar 20... by buggeeXP

16.11.12

212000 Mahorais, et moi, et moi, et moi...

Ça y est, on sait combien on est à Mayotte: 212 645 habitants!
C'est l'INSEE qui l'affirme, après avoir effectué notre recensement.
Sympa l'affiche, non?
Avec tous ces petits personnages, mais pourquoi l'avoir rédigée aussi en arabe et pas en shiMaore?
Donc nous avons été comptés; en principe tous, mais plus qu'ailleurs la population évolue tous les jours à Mayotte.
Surtout à la maternité du Centre hospitalier de Mamoudzou (la plus importante de France en nombre d'accouchements paraît-il) et aussi toutes les nuits en fonction des arrivages de kwassa-kwassas et le lendemain avec les reconduites à Anjouan ou ailleurs.
Qui habite Mayotte?
On ne le saura que quand tous les résultats auront été publiés, courant 2013, mais la dernière pyramide des âges parue caractérise bien la population d'un territoire à la démographie galopante et en voie de développement : une base élargie et une forme pyramidale presque parfaite, une espérance de vie après 80 ans inexistante. Tout le contraire de la vieille Europe par exemple.


Ce qui est inquiétant, c'est l'augmentation de la population (5000 habitants de plus par an!), la densité moyenne de 570 hab par km², la 2ème après l'Île-de-France!, et tout ce qui va avec.

Pauvre île surpeuplée et pauvre lagon qui n'y survivra pas sans mesures draconniennes pour le préserver de cette empreinte humaine.
Dans la région, Madagascar et Les Comores connaissent la même croissance de population, et La Réunion beaucoup moins.

28.9.12

Mayotte à l'ONU

À la tribune de l'Assemblée Générale de l'ONU, nous avons vu les premiers pas de F. Hollande comme président de la République Française.
Mais celui-ci a dû avoir les oreilles qui ont sifflé quand "Son Excellence le Docteur Ikililou Dhoinine, Président de la République Islamique des Comores" a pris la parole.
Il a terminé son discours en évoquant bien sûr la situation de l'île "comorienne de Mayotte", de cette façon:
Voir ou revoir ici pour mieux comprendre.
Le récent dernier naufrage évoqué dans la vidéo date du 8 septembre et la visite d'un émissaire français à Mayotte et aux Comores début septembre est la preuve que le nouveau gouvernement veut se pencher sur ce problème mais aucune décision n'a encore été prise.
Mais on n'a jamais autant parlé de cette grave situation que ces derniers mois, et le décès d'un bébé dans les locaux du Centre de Rétention Administrative le 16 août dernier a accéléré la prise de conscience. Enfin!

13.7.12

Mayotte devient RUP

RUP signifie Région Ultra-Périphérique, sous-entendu de l'Union Européenne.
Cela signifie que l'Europe reconnaît que l’insularité et l’éloignement rendent difficile le développement de Mayotte. Par conséquent, les produits agricoles et de l’île seront privilégiés pour alimenter les marchés européens. Et surtout, elle bénéficiera de financements européens dans l’objectif de faire progresser ses infrastructures, et son économie. Sur la période 2007 – 2013, les RUP bénéficient d’un total de 7,8 milliards d’euros en provenance de l’UE.
 Mayotte rejoint donc le clan et devient donc la huitième RUP aux côtés des Dom français mais aussi des Açores, des Canaries, et de Madère.
Évidemment, les Mahorais attendaient cette décision depuis longtemps car ici, on a mis en avant le côté aide financière, qui pourrait être de l'ordre de 300 millions d'euros rapidement, en 2014, ce qui est énorme. À condition que cette somme soit bien employée et arrive bien là où elle est destinée. Mais il y aura sûrement un suivi des projets déjà présentés dans le dossier initial.
Pour les produits de l'île, il y en a peu mais cela encouragera sans doute les bonnes volontés à créer des entreprises ou exploitations.
C'est donc une bonne nouvelle, il y en a trop peu en ce moment pour ne pas espérer des lendemains moins pauvres pour les habitants du 101ème département français.
Déjà, les Comores parlent de hold-up territorial de l'Europe sur les îles de l'archipel...

27.4.12

L'esclavage à Mayotte

Aujourd'hui, c'est jour férié à Mayotte car c'est le 27 avril qui a été choisi par le Conseil Général pour commémorer l'Abolition de l'Esclavage "dans toutes les colonies et possessions françaises", comme le dit le décret pris par le gouvernement provisoire de la République le 27 avril 1848.
Pourtant, c'est le 9 décembre 1846 qu'une ordonnance du roi des Français Louis-Philippe avait aboli l'esclavage à Mayotte (Il faudra attendre le 1er juillet de l'année suivante pour la voir appliquée).


Dans les autres Dom, la date varie également pour cette commémoration, le 10 décembre à La Réunion par exemple.
Mais il n'y a aucune manifestation officielle de prévue! Pourquoi? L'esclavage est un sujet délicat qui montre que les Mahorais sont mal à l'aise avec leurs origines et leur Histoire.
On ne peut pourtant pas dire qu'il y a eu de véritables esclaves ici comme on entend ce terme en parlant des esclaves africains sur le continent américain. Retour en arrière:
Avant l'arrivée des colons européens, les Shiraziens ont instauré une hiérarchie arabo-islamique dans la société mahoraise qui était plutôt égalitaire. Il y avait les Kabaïla, classe supérieure riche, avec les Charifou (religieux), puis on trouvait les wangwana, classe intermédiaire de personnes libres de naissance et d'esclaves affranchis. Enfin, la classe inférieure était composée de warumwa, importés du Mozambique, esclaves qui pouvaient parfois être affranchis et les makuwa, esclaves africains les plus durement traités.
Mais en 1847, comme depuis plusieurs années, il y a environ 2700 esclaves recensés, plutôt bien traités, et cette abolition laisse craindre un départ de cette population "économique" alors que les premiers investisseurs de Nantes ou de l'île Bourbon (La Réunion) ont besoin de beaucoup de main d'œuvre! Ils veulent développer la canne à sucre.
Alors l'État Français a prévu les contrats d'engagement: « Il y a malheureusement dans l'ordonnance royale du 9 décembre 1846 une clause attachée à la libération du Noir, et que celui-ci ne comprend pas très bien ; c'est celle de l'engagement de cinq années au profit de l'Etat. Cet engagement, aux yeux de la majorité des captifs, c'est la continuation de l'esclavage » 
Les nouveaux affranchis doivent donc s'engager à travailler pendant 5 ans avant d'être vraiment libres! Quand ils ont compris, ils ont dit que l'esclavage continuait et beaucoup se sont enfuis, au Mozambique portugais surtout.
On est donc allé en recruter d'autres en Inde, à Zanzibar, en Arabie, au Mozambique encore et à Anjouan, avec plus ou moins de succès.
Mais des mauvais traitements ont été constatés et en 1856, après une révolte, un arrêté a tenté d'y mettre fin, sans succès. L'immigration intensive a donc continué et elle est restée dans les mémoires comme "travail forcé".
Un siècle plus tard, dans les années 50, les Mahorais se plaignent toujours d'être obligés de faire des travaux forcés, avec entre autres le fitako, la chaise à porteurs de triste renommée, (comme à La Réunion d'ailleurs), qui pouvait conduire en prison en cas de rebellion.
Témoignages:

Le travail forcé a duré jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale laissant, lui, un souvenir vivace. Jana na léo, revue peu suspecte d'hostilité à la France, a recueilli en 1989 quelques récits de survivants du domaine de Combani qui appartenait à la société coloniale maîtresse de l'île : la Bambao.
Boulédi (60 ans): "Qui n'a pas été humilié à Combani ? Beaucoup de nos concitoyens sont morts de maladie à la suite des mauvais traitements qu'ils y ont subis. C'était l'antichambre de l'enfer. " Madi Ali Dziki (65 ans) : "Le pouvoir te désignait comme dans une dictature pour aller travailler au profit des Blancs à Combani. En cas d'absence, même de maladie, on partait en prison. Si on récidivait, on était déporté dans les autres îles. " Said Chamaouni (65 ans): "J'ai refusé la traite de Combani. J'ai été déporté à Anjouan." Baco Ousséni (environ 90 ans) : "J'étais écoeuré par les travaux forcés. J'ai enduré cette peine pendant six mois. Sur un coup de tête, quelques forçats du travail et moi nous sommes portés volontaires pour aller mourir au front s'il le fallait, au lieu d'être humiliés sur place par une poignée d'étrangers sans scrupules. Quand je suis revenu en 1945, j'ai appris qu'un an après mon départ, les Anglais avaient réussi à mettre fin à cet esclavage. " Nahi Moukou (80 ans) : "C'était la plus belle victoire d'un homme privé de sa dignité, de son honneur et de sa liberté. Des Blancs et des miliciens ont été enfermés. Les Mahorais se déplaçaient de la brousse à pied pour voir cet événement insolite. Tous les condamnés pour refus de coopérer avec la Bambao ont pu s'enfuir de prison. J'admirais la bravoure des Anglais. Ce sont des hommes d'une bonté illimitée. Vous les enfants d'aujourd'hui, vous n'avez pas connu l'enfer de Combani. Vous discutez avec les M'zoungous. Vous allez dans leurs écoles, vous parlez, vous mangez avec eux. Vous êtes des téméraires inconscients


"Quand le médecin, le "district" ou le "région" qui était le chef suprême de Mayotte, partait en tournée on le portait sur une chaise en chantant.. Tout refus d'obéissance était sanctionné par cinq à dix jours de prison ferme, des coups de pied et des gifles ... La peur du m'zoungou était telle que même si les porteurs avaient des plaies infectées sur les épaules ou sur la plante des pieds, ils n'osaient pas le dire de peur des mauvaises sanctions".
S'il n'y a pas eu de véritable esclavage comme aux États-Unis d'Amérique par exemple, les Mahorais d'aujourd'hui, en tous cas certains, savent donc ce que leurs ancêtres ont enduré sous l'autorité des Blancs. C'est pour cela qu'ils devraient mieux célébrer ce jour, pour ne pas oublier.
Heureusement que nous en parlons dans nos classes...

25.4.12

Mayotte vue de Mada

Un peu de lecture avec cette carte postale de l'île aux parfums, écrite par un(e?) journaliste de L'express de Madagascar. Si tout n'y est pas, je trouve que ce qui est mentionné est juste et bien vu. Une précision tout de même: il n'y a jamais eu de RMI à Mayotte, seulement un RSA depuis peu au taux de 25 % par rapport à celui perçu en métropole. L'assistanat est donc encore timide. Quant à l'obtention de la nationalité française, c'est à 13 ans si la loi ne change pas que les nouveaux-nés d'aujourd'hui pourront y prétendre. Si les Comoriennes viennent si nombreuses accoucher ici, c'est aussi pour ne plus être expulsables.
Et le "mora mora" c'est la nonchalance, c'est quand il ne se passe rien même quand on a demandé quelque chose, toute une philosophie si c'était volontaire, et souvent énervant. (expression malgache) 

Mayotte, notre voisine française

Le plus jeune département français dans l'océan Indien garde encore tout son côté africain. L'ambiance est similaire à celle des villes de province de Madagascar, sauf que la monnaie en cours est l'euro. 
Caribou Maore. C'est l’inscription qui accueille en premier les voyageurs atterrissant à l'aéroport international de Dzaoudzi de Mayotte. Pas besoin d'un traducteur, surtout pas pour des Malgaches, pour deviner que la formule vous souhaite la bienvenue. De fait, cette expression est également utilisée dans certaines régions de la Grande île pour offrir l'hospitalité aux visiteurs. Un premier signe qui rappelle indiscutablement une histoire commune entre Madagascar et cette petite île située à plus de 350 kilomètres au nord-ouest de Mahajanga. 
Au bout de seulement une heure et demie d'avion au départ d'Antananarivo, on peut d'ailleurs s'attendre facilement à ce qu'il n'y ait pas un grand dépaysement.  Malgré tout, la présence des gendarmes super sérieux qui contrôlent les visas à la sortie de l'aéroport met en évidence que les visiteurs sont entrés dans un territoire français.  
Et puis première surprise : il pleut, beaucoup même, et il fait assez chaud, 25° Celsius.  Mais subitement, le soleil arrive à percer les nuages et tape très fort. Finalement, le climat très humide et chaud a beaucoup de ressemblance avec celui de l'Est de Madagascar. 
Mayotte est composée de deux îles principales : Petite terre  et Grande terre. La première, où se trouve l'aéroport de Dzaoudzi, est l'ancienne capitale. Elle abrite encore aujourd'hui des bâtiments administratifs, même si le bureau du Conseil général, la plus haute autorité locale, se trouve à Grande terre. 
L'ambiance et l'environnement à Petite terre sont nettement plus calmes, moins bruyants. Les ruelles étroites qui la sillonnent ressemblent beaucoup à celles de la France. Mais l'essentiel des activités économiques se trouve à Grande terre, laquelle héberge la commune de Mamoudzou, l'actuelle capitale de Mayotte.  
Les deux îles sont reliées toutes les demi-heures par des bacs. La traversée coûte 15 euros par voiture et 0,75 euro par personne, en partant de la Grande terre pour l'aller. Le voyage de retour est gratuit. 

Nids-de-poule
Beaucoup de gens habitant à Petite terre travaillent chaque jour à Grande terre. Ils prennent le bac tous les matins et rentrent par le même moyen de transport le soir. Ils laissent leurs voitures près des embarcadères qui se transforment alors en parkings géants, complètement désorganisés.  
Les bacs sont du même type que ceux qui font la liaison Mahajanga-Katsepy. Certains sont aménagés pour transporter à la fois des voyageurs et des véhicules, tandis que d'autres sont réservés aux voitures. 
Les traversées sont souvent tranquilles et durent environ une vingtaine de minutes. La mer qui sépare les deux îles est un immense lagon, protégé par des barrières coralliennes. Malgré tout, elle est assez fréquentée, notamment par de petites embarcations équipées de moteurs hors-bord en stationnement par centaines à Grande terre. 
La vie dans cette île est loin d'avoir la tranquillité de Petite terre. Les embouteillages et le brouhaha des commerçants accueillent les visiteurs dès la sortie de la zone d'embarquement des bacs. Le grand nombre de voitures, dont la plupart sont du dernier modèle, est sans doute un des rares signe de la longue présence de la France à Mayotte. Chose inattendue dans un département français, les rues sont truffées de nids-de-poule, et les automobilistes y roulent très vite.  
Grande terre est également la zone de cohabitation de toutes les nationalités, des cultures et des mode de vie. Mahorais, Comoriens, Malgaches, Français, et Africains sont autant de gens de différentes nationalités présents sur place.  
Les marchands informels de vêtements, de confiseries, ou de sandwiches, installés au bord de la route illustrent bien le côté africain de la ville de Mamodzou. Un hall géant, dont le toit est tapissé de panneaux solaires, abrite sans doute le plus grand marché couvert de Mayotte. On y vend des vêtements et des accessoires d'habillement. Les produits, pour la plupart des marques chinoises de bas de gamme et sans beaucoup de diversité, trônent sur les étals.

Un Mahorais n'est pas un Comorien
Un Mahorais refuse d'être assimilé à un Comorien. Il est avant tout Français. Physiquement, il n'y a pas de différence majeure entre les deux peuples, mais entre eux ils arrivent à se différencier.  Un étranger averti préfère d'abord prendre sa précaution en demandant à une personne s'il est Comorien ou Mahorais avant d'aller plus loin dans la conversation.
L'archipel des Comores se trouve à moins de 400 kilomè­tres de Mayotte. Beaucoup de Comoriens  viennent clandestinement dans ce département français pour y travailler. Il faut dire que la vitrine mahoraise attire du monde face à la pauvreté et le manque d'infrastructures aux Comores. 
Des réseaux de passeurs existent,  et il n'est pas rare que des femmes enceintes tentent la traversée pour pouvoir faire profiter à son enfant le droit de la terre à Mayotte. Il donne automatiquement la nationalité mahoraise, donc française, à ceux qui naissent sur le territoire. 

Une économie sous perfusion
Sur quoi se base principalement l'économie de Mayotte ? Difficile de répondre à la question, car il n'y a aucune ressource majeure sur l'île, constituée principalement de montagnes rocheuses couvertes de végétations luxuriantes. Le tourisme est peu développé, et il n'y a pas de ressources minières, ni d'agriculture et d'élevage. Tout y est importé. 
Beaucoup de Mahorais vivent des allocations attribuées par la métropole à travers le revenu minimum d'insertion (RMI). L'économie de Mayotte est donc finalement basée sur les services, une économie de consommation. Une forme d'assistanat qui a fini par changer le comportement des habitants au bout des années. 
De ce fait, Mayotte est aujourd'hui un des pays qui battent sans doute Madagascar en matière de « moramora ». C'est le côté le plus africain avec lequel la société mahoraise a du mal à se défaire. Le comportement agace les étrangers, même les Malgaches qui y sont pourtant habitués. 
À Mayotte, souvent il faut réveiller les commerçants endormis sous leurs étals pour pouvoir acheter quelque chose. Un caissier trouve encore le temps de papoter avec ses amis devant la longue file d'attente de clients. 

Chronologie historique de l'île
- 1832 : conquise par Andriantsoly, roi d'Iboina à Madagascar.
- 25 mars 1841 : établissement d'un protectorat ratifié le 13 juin 1843. Mayotte dépend administrativement du Gouverneur de La Réunion. 
- 25 juillet 1912 : annexion par la France. L'ensemble de l'archipel est sous dépendance administrative de Madagascar.
- Décembre 1974: c'est la seule île de l'archipel des Comores à voter au référendum pour conserver ses liens avec la France. Les autres îles déclarent leur indépendance. Le vote est de 63,8% en faveur de la conservation de ce lien, alors qu'il n'est que de 0,6% dans les autres îles (soit 99,4% contre). 
- 24 décembre 1976 : Mayotte confirme son premier vote et devient une collectivité territoriale. Si le droit français s'applique, le droit traditionnel musulman peut également y être appliqué, au gré des justiciables, par les tribunaux locaux présidés par les cadis. 
- 11 juillet 2001 : suite à une élection dont le résultat ne laisse aucun doute sur la volonté des Mahorais de rester français (73%), le statut de l'île a changé pour un statut assez proche de celui des départements d'outre-mer : une collectivité départementale d'outre-mer. 
Mahefa Rakotomalala
Mardi 24 avril 2012

6.4.12

Les langues parlées à Mayotte

Quand on débarque à Mayotte, on est en France. Passés les cent premiers mètres, le français fait rapidement place dans nos oreilles à une langue très étrange, incompréhensible, que l'on identifie vite aux langues africaines sans en être sûr, à moins d'être un globe-trotter.
On reconnaît quelques mots (taxi, par exemple) mais si on surprend une conversation, ce que l'on comprend, c'est que ça ne va pas être facile!
Et ça ne l'est pas.
Je suis ici depuis un an et demi et je n'arrive à "capter" que quelques mots, et pour arriver à savoir de quoi on parle, il y a heureusement les mots "internationaux", c'est-à-dire ceux que la langue locale a emprunté aux idiomes d'autres pays, un peu transformés comme "téléphoni". "Les Bouénis" confirment:



Jéjé= comment ça va ?
Quand je dis langue locale, c'est inexact: je devrais parler de langues locales.
Mayotte a été peuplée par des tribus bantoues de l'Afrique de l'Est, ou indonésiennes en route vers Madagascar, ou encore arabes du golfe Persique et d'autres navigateurs de diverses origines.
Aujourd'hui, ça donne quoi?
(Voir l'onglet Cartes: sur la dernière sont représentés les dialectes pratiqués village par village).
Si la langue officielle (écoles, administrations, affichages publics...) est le français, les autochtones entre eux parlent leur langue natale. Et là, ça se complique.
S'ils sont nés à Mayotte et comoriens d'origine, ils parlent le shiMaore. Mais il existe des variantes, le plus "pur" étant le shiMaore swafi. Il est proche du bantou. Or, les immigrés récents d'Anjouan utilisent un shiMaore différent, avec des mots n'ayant parfois aucun rapport. Ceux de Ngazidja (Grande Comore), nuancent encore autrement la langue comorienne originelle. Vous suivez? En fait, il existe 4 parlers bantous différents mais avec de fortes ressemblances: le shiMaore de Mayotte, le shiNzuani d'Anjouan, le shiMwali de Mohéli et le shiNgazidja de Grande Comore.
Le shiMaore (Maore est le nom de Mayotte dans cette langue donc shiMaore = langue de Mayotte) est compris et/ou parlé par 80 % de la population d'origine (chez les wasungu, ça doit être dans les 3 % et encore...).
À l'inverse, nombreux sont encore les Mahorais à ne pas maîtriser le français. Sur Mayotte 1ère, radio et télé, les 2 langues cohabitent. Rappel pour ceux qui n'en ont pas vu: journal télévisé
L'autre langue de Mayotte est le shiBushi, que l'on écrit couramment kibushi. Et là, surprise quand on pense que c'est la langue maternelle d'un tiers de la population!
Explication: les "kibushiphones" comprennent et utilisent le shiMaore (pas le choix!) tandis que l'inverse n'est pas vrai.
Le kibushi est plutôt parlé dans les villages de l'Ouest et du Sud de l'île mais pas seulement. Et ils en sont fiers!
C'est une langue d'origine malgache, plus ou moins adaptée à l'île mahoraise, avec deux variantes: le kisakalava et le kiantalautsi.
Ensuite, il existe des langues indiennes, des langues de la région comme le créole réunionnais, l'afrikaans, mais très confidentielles.
Et on se doit aussi d'évoquer la langue arabe puisque les jeunes Mahorais l'apprennent dans les écoles coraniques. D'autant plus que 40 % des mots en shiMaore ont une racine arabe!
Le problème majeur qui taraude les esprits visionnaires de Mayotte est le devenir de ces langues, principalement le shiMaore.
En effet, on a pu le constater en métropole, les langues parlées sont abandonnées peu à peu. Si elles ne sont qu'orales.
Dès lors qu'elles sont écrites, elles survivent! C'est le principal combat des Mahorais actuellement, il faut une écriture officielle du shiMaore. Mais comme les acteurs ne parviennent pas à s'accorder, le problème reste posé.
Une association très active, Shime (SHImaore MEthodique), semble proche de faire prévaloir sa version. L'enjeu, c'est une reconnaissance de la langue et son apprentissage dans le milieu scolaire surtout. Et pour ne plus voir comme dans certaines administrations encore aujourd'hui: "Français obligatoire".
Pourquoi ne pas envisager une option "shiMaore" au bac?
Sans compter que dans le milieu scolaire, on est de plus en plus persuadé que l'apprentissage de la langue maternelle favoriserait celui de la langue française. Là encore, le discours officiel, qui n'en voulait pas, commence à évoluer.